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L’Homme qui assassinait sa vie

Jean Vautrin (Fayard)

vendredi 26 octobre 2001


"Il pleut". Il faut vraiment s’appeler Vautrin pour pouvoir commencer ainsi un polar sans faire hurler de rire son éditeur. Mais halte-là. Vautrin, vous vous en doutez bien, n’est pas né, justement, de la dernière pluie. Dès sa deuxième phrase, il prend soin de nous expliquer : "Ca n’a l’air de rien, mais, pour un début de roman noir, c’est une sacré manière de façonner le rêve". N’allez donc pas croire que Vautrin écrit "Il pleut" comme n’importe quel débutant. La pluie, c’est du classique assumé. Voyez d’ailleurs Alain Demouzon, dans Quidam en 1980 : "C’est une pluie froide qui tombe, et il n’y a rien à y faire : il pleut toujours dans ces histoires-là !". Dont acte. Après quelques années d’absence, Vautrin signe donc son retour au genre par du pur et dur. Sauf que tout de même. Ses premières pages, qui présentent une étonnante similitude avec celles du Quidam déjà cité, enfilent les clichés sans barguigner. Forcément, "l’asphalte luit". Les néons des boutiques, évidemment, se reflètent sur le macadam mouillé. Le privé boit. Parce que plus personne ne vient frapper à la porte de son agence, parce qu’il baisouille sa secrétaire de plus en plus mal, c’est déprimant. L’homme qui assassinait sa vie, lui, sort de prison, rage en bandoulière, et putain ça va saigner, faites confiance à l’ange de la vengeance. Bien. Il pleut donc du cliché en trombe. La suite à l’avenant. Le flic est un immonde salopard, les malfrats sont cons comme la lune, les femmes ont le sein ferme et le cul qui démange, le PC n’est plus ce qu’il était, et le monde, gouverné par l’argent, ne tourne plus rond ma bonne dame. Cerise sur le gâteau, Vautrin nous fait aussi le coup du chien pantelant d’humanité qui nous lècherait bien dans le sens de la compassion. Fermez le ban. On se croit, au mieux, dans un Delon ou un Belmondo (Le corps de mon ennemi ?) des années 1970. Vautrin rengaine dans le vieux. Le dernier Vautrin, L’homme qui assassinait sa vie, vient donc de sortir. Du formol. Il n’est pas très bien conservé.