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Le Gambit Turc

Boris Akounine (Presses de la Cité)

mercredi 5 septembre 2001


Le premier tome des aventures d’Eraste Fandorine était plus que séduisant. Après Azazel, c’est donc en salivant que l’on retrouve le juvénile enquêteur montant cette fois en première ligne sur le front russo-turque en 1877. Sa mission : découvrir l’identité d’un agent turc infiltré qui s’échine à faire capoter les stratégiques visées de l’armée du tsar. Qui est donc ce renégat, comment procède-t-il ? Eraste est sur la brèche. Du moins le suppose-t-on. Car de Fandorine, on aperçoit guère que le quart d’un cheveu de ses tempes prématurément grisonnantes. Pour conter son histoire, Boris Akounine adopte dans ce Gambit turc le point de vue d’une sémillante demoiselle. Funeste erreur. Varvara Souvorova débarque au quartier général des forces russes et fait bientôt tourner toutes les têtes. Toutes, sauf la nôtre. L’intrigue d’abord peine à démarrer. On attend 80 pages avant qu’un télégramme trafiqué lance véritablement l’action. Puis on se perd dans une galerie de portraits plus ou moins séduisants, du correspondant de guerre au général ambitieux en passant par le brillant cosaque causeur. Et Fandorine dans tout ça ? Il enquête nous assure-t-on. Avec ses méthodes si particulières, dont on ne sait cette fois rien. A la place, on est contraint de suivre les minauderies de Varvara, qui, comme le lecteur, ne comprend rien de ce qui se trame. Les rebondissements de l’action sont donc totalement artificiels. On cherche en vain les tableaux saisissants et les morceaux de bravoure qui emportaient la conviction dans Azazel. En bref, on s’ennuie ferme, jusqu’au dénouement qui tombe comme un cheveu sur la soupe. Déception donc. Akounine nous doit une revanche avec Leviathan, le troisième tome des aventures de Fandorine.