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La Cinquième femme

Henning Mankell (Points Policiers)

mardi 24 juillet 2001


La Suède est un beau pays. Temps de chien mais paysages superbes, habitants chaleureux, et politique sociale souvent citée en exemple. Les clichés sont bien en place. Sauf que. A lire Henning Mankell, on déchante bien vite sur les vertus supposées de la scandinave contrée. Ici comme ailleurs, le ver est dans le fruit. Mankell nous décrit une société en plein dérèglement, où les flics ne reconnaissent plus leurs petits meurtres d’antan, où les milices privées jouent les suppléantes de justice, où les jeunes ne savent plus à quels repères se fier. On ne s’étonne plus, dès lors, que le commissariat d’Ystad, cité de province de moins en moins tranquille, sombre parfois dans la déprime. L’inspecteur Kurt Wallander, héros récurrent de Mankell (La Cinquième femme, qui parait ce mois de juillet en poche, est sa troisième enquête), ne fait évidemment pas exception à la règle. Il traîne son mal être tout au long d’une enquête tortueuse.
On est habitué : un flic déboussolé, un commissariat sous pression, un arrière plan social qui se lézarde, et une traque au serial-killer méchamment complexe. Bien. Pourtant, Mankell enfonce le clou et finit par convaincre par son acharnement à tout décrire, dans le plus infime détail, de cette chasse à l’ignoble. Mankell prend son temps, tisse son intrigue fil après fil, ne nous épargne aucune des pensées, hypothèses, récapitulatifs, synthèses et intuitions des ces enquêteurs. La mécanique avance, coince, couine et repart. On suit, embarqué comme jamais sur la piste besogneuse qui mène au tueur. Le style répétitif et dépourvu d’effet de Mankell s’avère redoutablement efficace. Et quand tout est terminé, il en reste encore. Car Wallander, belle figure de flic humaniste, ne veut pas seulement résoudre mais comprendre le pourquoi du comment. Avec Wallander, Mankell tient un sacré bon personnage. Avec Mankell, le polar tient un sacré bon auteur. Vraiment au dessus du panier.