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Azazel

Boris Akounine (Presses de la Cité)

vendredi 20 avril 2001


Un nouvel héros est né. Il s’appelle Eraste Pétrovitch Fandorine, et ne paye pas vraiment de mine. Au moins de prime abord, quand il apparaît dans cet Azazel, jeune fonctionnaire de la police judiciaire plus habitué à recopier avec application des rapports hebdomadaires qu’à décrypter des crimes complexes. Mais ne nous trompons pas : Fandorine s’ennuie et bout d’impatience. Laissons lui sa chance, et nous verrons. Que ses intuitions ne le trompent pas, qu’il est juvénilement téméraire, et terriblement chanceux. C’est fort de ces qualités que le bougre va s’employer à dénouer les fils de l’intrigue tortueuse que nous propose Boris Akounine (un pseudonyme) dans la Russie du XIXe siècle. Cette aventure policière enchante. On retrouve une veine feuilletonesque oubliée, qui assurait hier le succès des vrais romans populaires. Plaisirs simples mais délicieux, l’auteur prenant soin de multiplier morceaux de bravoure (la partie de cartes du chapitre huit) et les rebondissements imparables (et un traître de plus, un !). Akounine est tour à tour facile, roublard, érudit, ironique, et son roman, écrit en 45 jours à peine, en remontre par son aisance à bien des scribouillards qui défilent au bal des prétentieux.
Bonne nouvelle : le deuxième épisode des aventures d’Eraste Fandorine est déjà traduit (Le Gambit Turc) et Akounine en promet douze au total. Espérons qu’il connaisse chez nous le succès qu’il obtient en Russie où ses 7 premières histoires se sont vendues à plus d’1,5 millions d’exemplaires. Ce n’est pas tous les jours qu’un nouvel héros s’impose si brillamment.