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From Hell

Alan Moore et Eddie Campbell (Delcourt)

mercredi 28 février 2001


Plus qu’une BD (au format déjà exceptionnel dans l’édition française : 576 pages), From hell est un roman graphique incroyable. L’élaboration de l’oeuvre est en elle-même une épopée (voir l’article de François Rivière dans Libération du 21 janvier 2001). Le résultat est sidérant. Le scénariste Alan Moore part d’une des hypothèses les plus insistantes sur l’auteur des meurtres de prostituées de Whitechapel en 1888 : l’assassin serait Sir William Gull, médecin de la reine Victoria, agissant sur ordre de cette dernière pour étouffer une des incartades du prince Eddy, petit-fils de Victoria. A partir de là, Moore développe un récit monstrueux, embarquant tous les protagonistes de l’affaire dans une ronde infernale, un voyage au bout du noir dont personne ne ressort intact. Certains chapitres sont d’une puissance inégalée, la dernière planche claquant comme un coup de fouet qui déchire le lecteur et le laisse au bord du gouffre avec une seule envie : plonger encore plus au fond. Malaise et ravissement.
La vision fulgurante de Moore est parfaitement servie par le dessin de Campbell, tantôt au scalpel, tantôt au ramoneur. L’oeuvre est tellement forte que l’on craint forcément l’adaptation cinématographique que prépare Hollywood. Moore et Campbell ont placé la barre à des hauteurs stratosphériques. Les amateurs de polar, de fantastique, de romans gothiques, de romans victoriens, de tous ces genres brassés avec maestria, seront comblés. From Hell n’est pas seulement une des BD les plus fascinantes jamais écrites. C’est une oeuvre forte, dérangeante, indispensable.