Accueil > Chroniques > Pierre de lune

Pierre de lune

W. Wilkie Collins (Phébus Libretto)

mercredi 28 février 2001


Certains (et non des moindres : T.S. Eliot, Henry James, Borges entre autres) le répétaient sur tous les tons : W.Wilkie Collins est un écrivain grandiose. Trop longtemps sourde, la France redécouvre enfin la diabolique habileté du bonhomme depuis la réédition voilà quelques années de cette Pierre de lune (1868), qui fit de Collins un des ancêtres du roman policier. "Hitchcock de la littérature", dit-on à son propos. La comparaison tient la route. Les histoires foisonnantes de ce Londonien happent le lecteur pour ne plus le lâcher. Collins distille son suspense sur plus de 500 pages, sans temps mort, avec une imparable science du rebondissement.
Difficile de refermer le livre avant sa conclusion. On se régale d’autant que Collins brosse au passage un portrait décapant de cette société victorienne rongée par les non-dits, les perversions cachées sous ses dehors parfaitement lisses. Au centre du mystère ici, point de crime, mais le vol d’un bijou maudit qui bouleverse le destin d’une digne famille. On soupçonne assez rapidement le coupable, mais tout l’art de Collins est de multiplier les fausses pistes et d’embarquer le lecteur dans la résolution de problèmes annexes tout aussi palpitants. Au terme du récit, on en redemande.
On peut du coup se précipiter sur ses deux chefs-d’oeuvre - La Dame en blanc et Sans nom - et se préparer à de longues nuits de veille.