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Le Concile de Pierre

Jean-Christophe Grangé (Albin-Michel)

mercredi 28 février 2001


Jean-Christophe Grangé écrit avec ses pieds. Ce n’est pas bien grave, mais c’est embêtant. On sent bien que Grangé s’applique, transpire sur son clavier. Pour un résultat pathétique. Le festival commence dès les premières pages. "l’estomac noué comme une corde", "la poussière tourbillonnait en vrille d’inquiétudes", "il alla s’écraser dans le buffet qui ploya en mille cliquetis et drapures de nappe". Tout au long du livre, Grangé enfile les perles descriptives : "les peupliers remplacèrent les platanes, longues vrilles frétillantes de petites feuilles qui semblaient porter en elles des promesses d’eau et de verdure" (p.197). Dame ! Mais brisons-là. A force de rire, on risquerait d’en oublier la tension supposée du récit.
Et là, on pourrait se demander ce qui pousse certains de nos auteurs à "chamaniser" depuis quelque temps leurs intrigues. Maurice G. Dantec pétait déjà les plombs dans Babylon Babies. Grangé explore la même veine pour nous en extraire une pépite de plomb. Son final sombre dans le grotesque, nous jouant la vie des animaux avec vues imprenables sur la taïga. L’ultime combat avec les terrrribles méchants tourne à la chasse aux lapins. L’affaire est pliée en trois coups de revolver.
De ce naufrage, on peut éventuellement sauver la jolie scène de lutte avec les tueurs aux fusils à désignateur laser perturbés par les couleurs des tableaux de Mondrian au chapitre 33. Même si on voit bien Grangé hurler un "adaptez-moi" de bonne guerre. Qu’il se rassure. Le succès en salle des Rivières pourpres, son précédent thriller, augure évidemment d’une transposition prochaine de son Concile au cinéma. On peut donc craindre le pire.