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Jean Amila (1910-1995)

mardi 21 septembre 2004

Jean Amila ? Pour nombre d’amateurs de polars, ce nom n’évoque pas grand chose. L’auteur marque pourtant l’histoire du roman noir français, avec un talent qui enterre bien des tâcherons du genre. Ecrivain libertaire, témoin crucial de son époque, Amila, révolte en bandoulière, traverse toujours les modes et les courants.
Il est né Jean Meckert, le 24 novembre 1910 à Paris. À la fin de la guerre, son père déserte le foyer familial en s’amourachant d’une infirmière. Traumatisée, la mère du petit Jean se retrouve internée pendant deux ans au Vésinet. Voilà donc le petit Jean dans un orphelinat de Courbevoie. Il travaille donc très tôt, s’instruisant seul en dévorant les livres. Après son service militaire, il accumule comme beaucoup les petits métiers. Il est mobilisé en 1939, mais son régiment se retrouve bientôt immobilisé en Suisse. Il écrit là son premier roman, Les Coups, chez Gallimard. En 1942, il quitte son emploi à la Mairie de Paris pour se consacrer à la littérature. Mais ses romans suivants, publiés à la NRF, ne trouvent guère de lecteurs. Il aborde déjà le thème de la violence avec Nous avons les mains rouges (1947) et Je suis un monstre (1949), mais c’est à la demande de Maurice Duhamel, fondateur de la Série Noire, qu’il se tourne vraiment vers le roman noir. Il est le deuxième auteur français de la collection. Il s’agit à l’époque de "faire" américain, et Jean Meckert penche pour le pseudonyme de John Amilanar (lire "ami l’anar"). Mais Duhamel préfère abréger en Amila. Dont acte. Amila inaugure avec Y’a pas de Bon Dieu ! 21 titres dans la Série Noire. Dans la plupart, des personnages solitaires se révoltent contre la société dans laquelle ils ne se reconnaissent pas. Point d’orgue de cette période, La Lune d’Omaha en 1964. Ces livres n’appartiennent pas au genre policier proprement dit, sauf peut-être les trois aventures de Doudou Magne, alias Geronimo, flic "au service des victimes" dans la trilogie La Nef des dingues, Contest flic et Terminus Iena. Mais ils pataugent dans l’époque, griffent l’Etat, la politique, la famille, toutes les institutions qui se jouent des faibles et des perdus.
Après une longue amnésie suite à une agression non élucidée, Amila revient à l’écriture en 1981, extirpant des souvenirs de son enfance le superbe Boucher des Hurlus. Le roman rare d’un humaniste blessé, qui savait aussi faire preuve d’humour, comme le prouve l’étonnant roman parodique de science-fiction Le Neuf de pique (1956). Sans doute trop longtemps oublié, Jean Amila est décédé le 15 mars 1995.

Ses principaux ouvrages sont : Y’a pas de Bon Dieu !, Les loups dans la bergerie, Pitié pour les rats, La Lune d’Omaha, Noces de soufre, Le Boucher des Hurlus, Au Balcon d’Hiroshima.