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GOODIS David (1917-1967)

mercredi 5 décembre 2001


Difficile de faire la part du vrai dans la légende Goodis. Est-il cet auteur "zéro", longtemps inconnu aux Etats-Unis, sauf peut-être pour les frasques (sa passion pour les grosses femmes noires, entre autres) et les masques derrière lesquels il se cache ? Est-il au contraire cet auteur maudit (donc culte) dont la France s’entiche dès la fin des années 1940 ? Il faut attendre 1984 et la superbe enquête Goodis, la vie en noir et blanc de Philippe Garnier (N°2182 de la collection 10/18) pour commencer à percer le mystère Goodis.
David Loeb Goodis est né le 2 mars 1917 à Philadelphie. Etudes sans trop d’histoires (à l’université de Temple, diplôme de journalisme). La famille Goodis ne roule pas sur l’or, mais ne manque de rien. Pour David, très tôt, une chose compte plus que tout : écrire. Employé dans une agence de publicité, il parvient en 1938 à publier son premier roman : Retour à la vie. Succès d’estime chez les critiques, mais bide commercial. Cet échec, sans aucun doute, l’affecte. Goodis se lance alors dans l’écriture mercenaire. Il s’installe à New York. Pour de nombreux pulps, il vend des récits de sports, d’aventures, des westerns, des policiers et se spécialise dans les combats aériens de la première guerre mondiale.
Un train d’enfer qui l’emmène à 1946. Année phare. Le deuxième roman de Goodis, Cauchemar (Dark passage), est acheté sur épreuves par le studio Warner pour 25 000 dollars. Pour la même somme, le Saturday Evening Post en assure la publication sous la forme d’un feuilleton. Jackpot pour Goodis. D’autant que Dark Passage (Les Passagers de la nuit de Delmer Daves, avec Lauren Bacall et Humphrey Bogart, 1947) lui ouvre les portes d’Hollywood où il est engagé comme scénariste. A 29 ans à peine, Goodis est au zénith. La suite est pourtant l’histoire d’une longue dégringolade.
A la Warner, Goodis ne reste que deux ans, et ne laisse pas de grands souvenirs. Tout juste quelques participations sans gloire à quelques films sans succès. Rentré à Philadelphie, Goodis écrit frénétiquement pour les livres de poche qui remplacent progressivement les pulps. Goodis fournit : Cassidy’s Girl (1951), La lune dans le caniveau (1953), Sans espoir de retour (1954), Descente aux enfers (1956). Goodis vend, comme un forçat du roman de gare, et tant pis si la critique américaine, forcément, se détourne. Reste la France, qui couvre sa prose (publiée dès 1949 dans la Série Blêmel’article) de louanges. La France aime les loosers de son univers, ses anti-héros. François Truffaut adapte bientôt (1959) Tirez sur le pianiste. Jean-Jacques Beinex (La lune dans le caniveau, 1983), Gilles Béhat (Rue Barbare, 1984) François Girod (Descente aux enfers, 1987) témoignent de cette fascination persistante.
Outre-Atlantique, Goodis fournit toujours ses éditeurs jusqu’en 1961 mais s’enfonce progressivement dans la déprime. La perte de son père (1963), de sa mère (1966), les difficultés de son frère cadet Herbert, souvent interné, affecte un Goodis très lié à sa famille. Il tombe malade fin 1966 et décède à l’hôpital le 7 janvier 1967, seul et dans l’indifférence générale.

Ses principaux ouvrages sont : Cauchemar, La Garce, Tirez sur le pianiste, Epaves, Obsession, La Blonde au coin de la rue.