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La Série Noire

mardi 20 janvier 2015

1945, la guerre est finie en Europe. A Paris, l’effervescence de la libération fait exploser un Saint-Germains-des-Prés devenu le centre culturel et intellectuel de la Capitale. On y croise B. Vian, J.Prévert ou encore J.P.Sartre.

C’est la découverte du jazz, des cigarettes blondes et du bas nylon amenés dans les paquetages des soldats américains. Les gens étaient attirés par tout ce qui traversait l’atlantique : l’Amérique victorieuse fascinée. A cette époque, le roman policier s’enlise avec des détectives bon chic bon genre comme Hercule Poirot où encore Rouletabille. Déjà traducteur de R.Chandler et D.Hammet vers le milieu des années 30, Marcel Duhamel propose à Gallimard de créer une collection policière dont le but est d’éditer des romans américains ; très en vogue à l’époque. Le nom de la collection est proposé par son ami J.Prévert qui sera "Série noire". La jaquette est dessinée par Germaine Duhamel. Porté par "l’Américan way of life" d’après guerre et de grands intellectuels comme Malraux ou Aragon, la Série Noire est lancée et le public suivra.. En 1949, M.Duhamel crée une seconde collection : la série Blême.

Un langage populaire, l’emploi de l’argot, des univers glauques dépeignant un monde austère et froid... Les romans rompent avec le style feutré et "aristocratique" du roman à énigme du début du siècle (Cf.A. Christie ). Ainsi, la Série Noire va fortement concurrencer les Editions du Masque en publiant des romans "Hard-boiled" et des thrillers. On peut déplorer des traductions trop "libres", la violence de l’écrit étant détournée au profit de traits d’humour. Certains romans sont carrément tronqués pour de vulgaires problèmes de format. En effet, le livre devait avoir entre 180 et 220 pages maximum. Heureusement que M.Dantec n’écrivait pas à cette période !!! Vous imaginez Les racines du mal en 200 pages, moi non !!! Dans l’édition originale de Touchez pas au Grisbi ! de Simonin (édité à plus 220000 exemplaires), le lecteur est invité à lire le glossaire qui achève le livre afin de se sentir totalement immergé dans l’univers du roman.

EO.N°148-Préfacé par P.Mac Orlan ; E.O. N°193
Les années 50 sont marquées par le triomphe des auteurs américains comme P.Cheyney, R.Chandler et W.R.Burnett. Les écrivains français utilisent des pseudonymes à consonance américaine afin d’être dans l’air du temps (et donc de connaître le succès !!!) ; mais aussi pour se protéger d’éventuelles déconvenues. Je vous site, par exemple, le cas S.Arcouêt qui publie son 1° roman Cynthia devant la mort sous le nom de Tery G.Stewart. D’ailleurs, une mention est appliquée à l’ouvrage en ces termes : " Death has many faces traduit de l’américain par S.G.Arcouêt". Il en fera de même pour La mort est dans le coup en 1948. Les années 60 consacrent la Série noire comme la collection du moment. Ses romans se vendent à plus 50 000 exemplaires !!! Un raz de marée !!!

Chez les bouquinistes ou dans les brocantes, les séries noires ont toujours une place de choix dans les rayonnages ou sur les étals. Ils sont relativement facile à se procurer même si le collectionneur que je suis ne s’intéresse qu’aux éditions originales. Elles se repèrent en comparant la date du dépôt légal à la date d’achevé d’impression située à la fin du livre. L’édition est alors dite originale ou première édition. Alors, sortez vos séries noires et que la fête commence !!! Les deux dates correspondent : c’est gagné !!! Ce n’est pas le cas : ce sera pour la prochaine fois !!!


Edition originale

Réédition

Les différentes couvertures

Les huit premiers romans ne sont pas numérotés, leur format est 12*18.5, ils n’ont pas de jaquettes. Malheureusement, je n’en possède pas encore !!! Du numéro 9 au numéro 413, le livre est cartonné, avec deux couleurs connues de tous : l’orange et le noir. La jaquette, noire et détachable, présente un liseré blanc sur son pourtour. Le titre et l’auteur sont écrits en jaune.

A partir du numéro 414 "le deuxième souffle" de J.Giovanni paru en 1958, le format passe en 11*18 cm. La reliure est brochée pelliculée.

En 1974, la collection "Super noire" est lancé avec le fameux "Adieu poulet" de Ralf Vallet. Elle est dirigée par M.Duhamel ; elle comptera une centaine de roman de 1974 à 1979. On peut noter l’apparition de la publicité.

Avec "Je vais faire un malheur" de Russel H.Greenan en 1979(N°1725), le format passe en 10.5*17.5cm, la couverture est illustrée en noir et blanc.

En 1983, une première illustration couleur apparaît avec "La chasse aux furoncles" de F.Parrish.

Depuis 1992, l’ancienne couverture est de retour avec une autre présentation. Le premier titre de cette nouvelle formule est "Pirana matador" d’Oppel.

En ce mois d’octobre 2001, la Série noire fait peau neuve. Changement de format, changement d’image, changement de prix ; Patrick Raynal souhaite ainsi relancer la plus prestigieuse collection de roman noir des éditions Gallimard. Fortement concurrencée en interne par la collection Folio Policier, nous découvrons dans les bacs un nouveau visuel. Le livre est plus grand, un prix autour de 60 francs et surtout un changement radical de la jaquette. Le fond noir fait place à une photo noire et blanc sur l’ensemble de la couverture, l’écriture restant jaune. A un moment où les collections policières sont légions, la Série noire tente de se donner une image plus moderne. Elle doit répondre à des impératifs économiques et se doit de trouver de nouveaux lecteurs. Pour ce lancement, dix titres sont annoncés pour le seul mois d’octobre suivi d’une parution mensuelle de trois ouvrages. Parmi ces dix parutions, nous pouvons noter le dernier Didier Daeninckx avec 12, rue Meckert et Le Péché ou quelque chose d’approchant de F.G.Ledesma.

En octobre 2004, une page se tourne. Patrick Raynal claque la porte de la maison pour rejoindre Fayard. Depuis l’automne 2002, le patron travaille avec Aurélien Masson, entré chez Gallimard comme lecteur du domaine anglo-saxon deux ans plus tôt. Patrick Raynal n’est guère d’accord avec la refonte de la collection que souhaite Antoine Gallimard, les ventes s’effritant de plus en plus. Après quelques mois d’incertitude suivant son départ, Aurélien Masson prend finalement les rênes de la Série Noire. Révolution : le format poche est abandonné. La Noire disparaît. Il s’agit d’éclaircir l’offre de Gallimard dans le genre. Les inédits pour la Série noire qui passe au grand format, le poche pour Folio Policier. Le rythme de parution est freiné : un ou deux titres par mois (contre quatre pour la Série noire et deux pour La Noire auparavant). La nouvelle robe de la vieille dame ? Le liseré blanc disparaît, une photo en noir et blanc contrasté arrive, le jaune historique étant réservé au titre et au nom de l’auteur. Curieusement, au fil du temps, titre et nom de l’auteur viennent parfois en noir. La forme est séduisante, et le fond à la hauteur, avec la révélation de quelques auteurs, notamment français (DOA, Caryl Férey, Antoine Chainas, etc.). La vieille dame trouve une nouvelle jeunesse.

Nouveau bouleversement début 2011. Assez important puisque ne sont plus systématiques les fameux codes couleurs historiques, et notamment le célèbre jaune. La charte graphique habituelle explose, pour beaucoup plus de souplesse et de diversité. "En fait, il n’existe même plus vraiment de charte graphique, explique Aurélien Masson. L’idée est de trouver plus de liberté, d’essayer des choses, et donc de ne plus obéir à un carcan rigide". Les amoureux de la vieille dame, comme toujours, versent une larme. Déplorent le coup marketing dicté par le service commercial de l’éditeur. "N’importe quoi, se défend Aurélien Masson. Ce n’est pas le genre de la maison. Ce changement est simplement une décision d’Antoine Gallimard, qui se lassait du côté grisâtre des précédentes couvertures. Mais il semble qu’en France nous ayons un véritable problème avec les choses qui changent. Qu’un journal modifie sa formule ou qu’une collection, et plus particulièrement la Série Noire, touche à ses jaquettes, et cela soulève une tempête. Ce qui me dépasse". Dont acte. Cette nouvelle présentation, qui intervient en même temps qu’un important changement d’identité visuelle au Seuil Policiers, ne marque-t-elle pas une certaine uniformisation des collections policières, qui semblent abandonner une par une les couvertures très repérables, pour de simples variations à partir d’une photographies pleine page ? "Je ne sens pas pour ma part cette uniformisation, insiste Aurélien Masson. Mais peut-être que les lecteurs aujourd’hui s’attachent moins à ces effets de collection, comme jadis du temps des séries numérotées, et préfèrent suivre tel ou tel auteur plutôt que d’acheter les yeux fermés tout ce qui sort dans une collection". Apprécieront-ils les visuels renouvelés ? Ces derniers ne s’accompagnent en tout cas pas d’une modification de la ligne éditoriale de la maison. Et c’est sans aucun doute le plus important.

Quelques dates pour mémoire...
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Septembre 1945 : les deux premiers romans sont publiés ;" La Môme vert-de-gris" et "Cet homme est dangereux" de Peter Cheney.

1948 : Michèle et Boris Vian traduisent "La dame du lac" de R.Chandler.

1949 : le premier auteur français est enfin édité malgré l’utilisation d’un pseudonyme anglo-saxon. Il s’agit de Serge Arcouet avec "La mort et l’ange".

1951 : "Quand la ville dort" de William R.Burnett.

1953 : A.Simonin explose les tirages avec son fameux "Touchez pas au grisbi !". Il est vendu à plus de 200000 exemplaires.

1955 : le seul catalogue de la série noire est éditée sous le nom "Catalogue de la série noire".

1958 : "La reine des pommes" de Chister Himes.

1964 : "La lune d’Omaha" de Jean Amila( n° 839).

1966 : la Série noire publie son millième roman avec l’un des plus grand écrivain amèricain, l’extraordinaire Jim Thompson avec "1275 âmes".

1971 : une nouvelle vague de romancier français arrive avec un certain Jean-Patrick Manchette qui publie "L’affaire N’Gustro".

1972 : Il récidive avec le roman "Nada" qui traite du terrorisme et de l’action politique.

1985 : le n° 2000 est offert à Thierry Jonquet pour "La Bête et la belle".

1995 : la série noire souffle ses cinquante ans avec le numéro 2400 "Free" de T.Komarnicki.

Si vous désirez en savoir plus, je vous conseille de lire :

- MESPLEDE Claude et SCHLERET Jean-Jacques, Voyage au bout de la Noire, Edition Futuropolis, 1982.

- MESPLEDE Claude et SCHLERET Jean-Jacques, Les auteurs de la Série Noire, Joseph K, 1996.