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HELENA André (1919-1972)

mercredi 19 mars 2003


Héléna "le maudit", Héléna "le forçat du roman noir", Héléna "la poisse", les formules ne manquent pas pour qualifier André Héléna, auteur longtemps mésestimé. Il est largement réhabilité aujourd’hui (les deux N°23 et 24 de la revue Polar, l’étude de la revue 813 et une exposition à la Bibliothèque des littératures policières, la Bilipo). Pourquoi ce tardif retour en grâce ? Sans doute parce que le parcours d’Héléna est aussi chaotique que l’univers de l’édition policière en France dans les années 1950-1960.
André Héléna est né le 8 avril 1919 à Narbonne. Fils d’un archéologue, conservateur de la bibliothèque de Narbonne, André grandit et passe son adolescence dans la cité audoise. La suite s’enchaîne plutôt bien. André Héléna découvre Paris à 17 ans en 1936 à l’occasion du tournage du film Arsène Lupin détective d’Henri Diamant-Berger sur lequel il est assistant. La même année sort son premier recueil de poèmes, Le Bouclier d’or. Puis tout se brouille. On le retrouve un temps dans l’Espagne de la guerre civile, puis à Leucate et dans le maquis pyrénéen où il s’enrôle sur le tard en 1944. Un premier mariage de courte durée ponctue cette période. En 1946, il s’installe vraiment à Paris dans une chambre de bonne de Montparnasse. Vie de bohème pendant quelques années. Tout en accumulant les boulots alimentaires (libraire, représentant, vendeur d’insecticides, etc.), Héléna rêve d’écrire et se lance d’ailleurs dans la publication d’une revue de poésies, La Poterne. Ce qui le conduit, pour une lamentable histoire de souscriptions détournées, à la case prison en 1948. De ses six mois derrière les barreaux de la maison de Châteauroux, il ramène son premier roman, Les flics ont toujours raison. Il est publié en 1949, avec quatre autres titres. Héléna entame en effet une production pléthorique. Dépassant son argent sans compter, surtout dans les bistrots, Héléna pisse de la copie, pour des éditeurs qui en demandent encore et encore pour alimenter les collections plus ou moins policières pullulant à l’époque. Héléna fournit 11 romans en 1952, 18 en 1953, 10 encore en 1954. Il multiplie également les pseudonymes : Noël Vexin pour la série de son avocat Valentin Roussel, Buddy Wesson ou Terry Crane pour celle de La Môme Muriel, Mauren Sullivan ou Kathy Woodfield pour les histoires sexy La Môme Patricia ou Miss Cyclone, Alex Cardourcy pour une cinquantaine de pornos. Au total, Héléna signe pendant les 30 années de sa "carrière", quelque 200 romans. De cette masse surnagent quelques pépites comme Le Goût du sang (1953) ou Les clients du Central Hôtel (1960) qui valent à l’auteur Héléna sa reconnaissance post-mortem. Avec son univers glauque, ces "losers" attachants, ses dialogues enlevés, Héléna est parfois comparé à David Goodis. Leurs parcours peuvent effectivement paraître assez similaires. Oublié par ses contemporains, miné par l’alcool, André Héléna s’éteint en novembre 1972.

Ses principaux ouvrages sont : Les flics ont toujours raison, Le Bon Dieu s’en fout, Le Goût du sang, Le Baiser à la veuve, Les salauds ont la vie dure, Les Clients du Central Hôtel, Par mesure de silence.