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SINIAC Pierre (1928-2002)

mercredi 10 avril 2002

Il est mort en mars 2002. Enfin, certainement. Parce que les voisins n’ont réalisé qu’un mois plus tard. Quand ils ont senti l’odeur. Ils ont appelé les pompiers. Ils sont entrés le 11 avril dans l’appartement, pour découvrir le corps, en état de décomposition avancée. Voilà. Pierre Siniac, 74 ans moins trois mois, de vie à trépas façon absurde, comme dans ses romans (1).
Aurait-il imaginé pareille fin, Pierre Siniac, né Zakariadis le 15 juin 1928 à Paris ? Il aurait pu, parce que les situations énormes et farfelues ne lui ont jamais fait peur, à Pierre Siniac. A dix ans déjà, il écrivait des romans et contait des aventures à n’en plus finir à ses copains de classe. Les histoires, c’est bien, mais il fallait aller voir aussi. Placé en apprentissage à 14 ans, puis dans un CET pour devenir plombier à 17, le gars Siniac ne tarde pas à prendre la clé des champs. Marre de ses crocs en jambe permanents avec son père bottier et sa mère costumière. Le voilà donc qui sillonne la France, vivant de petits travaux dans les fermes. Jusqu’à son service militaire. Des gendarmes viennent le cherche en Ardèche. Cap sur l’Allemagne, avec les troupes d’occupation.
Il retrouve la vie civile en 1949. Enchaîne les petits boulots, de caissier à chauffeur en passant par astrologue. Et il écrit. Des pièces que jouent de petites troupes dans les années 1950. Puis son premier roman en 1958. Ca s’appelle Illégitime défense. C’est un polar, forcément, car camper dans ce genre est pour lui "un rêve d’enfance qui se prolonge". D’emblée, Siniac se distingue. Avec Monsieur cauchemar par exemple en 1960, qui propose trois fins différentes. En 1968, il entre à la Série Noirel’article avec Les Morfalous, auquel le mauvais film d’Henri Verneuil ne rend guère justice. Trois ans plus tard, à la demande de Robert Soulat, le bras droit de Maurice Duhamel, il invente deux invraisemblables personnages de série : Luj Inferman et la Cloducque. Des monstres qu’il mit plus d’un an à peaufiner. Le résultat surprend Duhamel, qui finit par accepter le manuscrit (6 épisodes suivront). Mais avec son imagination débridée, son humour et ses héros grotesques se débattant dans le sordide, Pierre Siniac cadre mal avec la collection de Gallimard. Il apporte un souffle et un ton nouveau dans le polar, et on le retrouve du coup à publier dans plusieurs maisons d’éditions. A la fin des années 1970, il se tourne vers ce qu’il appelle le "fanpol", le polar fantastique. Il y excelle avec Charenton non stop (1983) ou Carton blême (1985). Tout comme dans les nouvelles, dont deux recueils (L’unijambiste de la côte 284 et Reflets changeants sur marre de sang lui valent le grand prix de littérature policière en 1981, année aussi de son chef d’oeuvre, Femme Blafardes. Dingue d’écriture, Siniac n’en finit plus de pitonner ses Underwood, jusqu’à sa mort en solitaire dans son HLM d’Aubergenville (Yvelines). Dans la cité, personne ne savait qu’un écrivain, un grand, vivait là.

(1) Pour plus de précisions, lire l’excellent article de Philippe Lançon, dans Libération du 20 juin 2002).

Ses principaux ouvrages sont : Monsieur Cauchemar, Les Morfalous, Les Monte-en-l’air sont là !, Luj Inferman et la Cloducque, Charenton non stop, Carton blême, Femmes Blafardes, Reflets changeants dans marre de sang, Aime le maudit, Les Ames sensibles.