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Le Cas Annunziato

Yan Gauchard (Minuit)

jeudi 28 avril 2016, par FERRE

Non, ce n’est pas un polar. Même si rien ne se serait passé sans une mort, d’entrée, qui change la donne. Même si très vite aussi, il est question de résoudre une énigme : mais qui est et que fait ce type, ce Fabio Annunziato enfermé accidentellement dans la cellule N°5 du musée national San Marco, à Florence, appartement jadis du célèbre moine Fra Angelico. Même si l’on en vient à se demander, quand se révèle le CV du bonhomme, demi-frère d’un ancien brigadiste des années de plomb italiennes, si le Fabio ne cache pas son jeu, ne nourrit pas un sombre dessein à se laisser cloitrer là, face au Christ sur sa croix de l’aimable Fra.

Non, ce n’est pas un polar, mais un premier roman absolument singulier et formidable, une fantaisie cocasse qui l’air de rien s’amuse en en dire long. Le reclus finalement volontaire, et bientôt doublement, interroge et tourneboule une société aux abonnés perdus, entre berlusconade (l’Italie de 2002), paranoïa sécuritaire et emballement médiatique délirant. Oui, Le Cas ne ressemble à rien et c’est bien là tout son charme, tout en drôlerie minée et jubilatoire. La langue n’est pas pour rien dans l’affaire. Riche et sautillante, précise autant que digressive, elle convoque un burlesque sur lequel ricochent de rares dialogues frisant l’absurde. On pourrait trouver, avec les multiples références cinématographiques et artistiques qui émaillent le récit, que Yan Gauchard fait parfois son malin, mais non. La fluidité et le parfait agencement de l’intrigue désamorce la critique. Ce Cas Annunziato en est bel et bien un, exécuté qui plus est en 125 pages allègres. Un concentré de plaisir de lecture. Oui, ça existe encore.