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Les Brillants

Marcus Sakey (Folio Policier)

lundi 11 avril 2016, par FERRE

« Le monde se porterait mieux si les gens arrêtaient de voter pour des candidats sympas avec lesquels ils pourraient prendre une bière, et se mettaient à élire des gens plus intelligents qu’eux ». C’est pour ce genre de petites réflexions – lâchée par un des protagonistes du roman au sujet d’un sénateur américain tout contrit après une mauvaise opération qu’il n’avait pas vu venir - que Les Brillants de Marcus Sakey dépasse le banal thriller de série usiné outre-Atlantique. Entre deux scènes d’action façon 24 heures chrono, Splinter Cell ou La mémoire dans la peau, l’auteur distille quelques observations bien senties sur l’american way of life qui tire l’affaire vers le haut. Affaire par ailleurs plutôt maline et calibrée magnum en ces temps d’omnipotence superhéroïque à tous les étages.

Les « super » sont donc les « brillants », génération surdouée millésimée années 80 et suivantes qui, l’âge adulte venant, affirme ses envies d’autre chose. Problème : les « normaux » ne voient pas forcément d’un bon œil ces surdoués entreprenants. Et le gouvernement d’ici – en l’occurrence des États-Unis, le roman n’ouvrant guère au-delà des frontières US, as usual – se pique donc de contrôler l’engeance, histoire de ne pas se laisser déborder. Reproblème : quelques brillants se rebellent et défendent leur cause à coup d’arguments explosifs. Une agence spéciale, le département des services équitables, se charge de la sale besogne antiterroriste. Comptant notamment sur son meilleur élément, Nick Cooper, brillant mais du côté du bien, enfin veut-il le croire. On voit bien le potentiel parabolique de l’intrigue, à grand renfort d’existentielles interrogations sur la cohabitation du « eux » et du « nous », du vivre ensemble contrarié, du comment qu’on fait avec nos différences.

On se calme cependant. Les Brillants est un thriller, pas un conte philosophique. Inutile de ranger les guns pour prendre une aspirine. Le cas de conscience, c’est le Nick qui se le trimballe, son enquête poussant bientôt le juste à s’interroger sur ses fameuses certitudes. Vacille mon bonhomme, ça nous évite de pousser trop loin le bouchon. On peut se contenter de menues saillies bien vues pour vendre « une critique sociale corrosive » en quatrième de couverture. Et comme tout le reste est de classique facture mais avec un réel savoir-faire, emballé c’est pesé. On veut bien lire la suite, trilogie oblige, à la Série Noire. Dans l’univers archibalisé et souvent médiocre du thriller, c’est déjà pas mal.