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Code 93

Olivier Norek (Michel Lafon/Pocket)

dimanche 7 février 2016, par FERRE

Net. Et sans bavure. Sans doute parce que sincère, tout bêtement. Olivier Norek est flic, et le réalisme de son Code 93 s’en ressent évidemment, mais pas que. Si la fonction assurait la qualité d’un polar, d’autres tentatives de passage de la plaque à la plume sonneraient tout aussi juste. Or elles ne sont pas légion. Olivier Norek ne fait pourtant pas dans l’originalité à tout prix. Loin s’en faut. Son personnage principal, le capitaine de police Victor Coste trimballe un lourd passif. Sa compagne s’est suicidée, et depuis, il avance forcément en boitant. Un flic à faille, on connaît, et plutôt 150 fois qu’une. Il travaille avec une légiste qui en pince pour lui. Là encore, le territoire est largement balisé. Rayon collègues, entre la grande gueule maladroite, le jeune geek de service et la fliquette-bonhomme qui assure, on tient une équipe tremblante qui ne sort guère des sentiers rebattus. Même chose pour la hiérarchie sous pression, les fouille-merde de service, les politiques vérolés.

Mais tout ce petit monde sonne incroyablement juste. Jamais Norek n’en rajoute dans la torture dépressive, le quotidien glauque, la psychologie balafrée. 22 dans le 9-3 n’est pas une sinécure, inutile de tartiner. Norek évite de sombrer dans l’outrenoir éreintant dans lequel d’autres se vautrent allègrement. Merci, mille fois merci. Sa peinture sociétale frappe tout autant, sans le vernis sinistrose à la truelle. Norek n’édulcore pas. Il se garde simplement du cliché baveux. Merci, mille et une fois. Il chiquenaude tout autant la facilité sur son portrait de serial-killer. Méchant certes, mais qui ne sort pas de nulle part, loin de la folie furieuse lâchée en roue libre et en surenchère dans moult thrillers de pacotille. Dans le monde de l’édition polar, son Code 93 pourrait servir de mètre étalon. En deçà de ce niveau, inutile d’encombrer les linéaires des libraires. On peut toujours rêver.