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Franck Sinatra dans un mixeur

Matthew McBride (Néonoir Gallmeister)

samedi 6 juin 2015, par FERRE

Le titre, déjà, annonce la couleur mon gars. Tu l’entrevois, la déjante ? Franck Sinatra, c’est un chien. Un petit Yorkshire qui semble trimballer un conteneur de pisse et devient hystérique devant un escalier à escalader. Wouarf. Et donc à un moment se retrouve fourré dans un mixeur. C’est Sid l’Angliche et Sans Couilles qui l’ont collé là. Deux exécuteurs qui se régalent à écraser des cigarettes dans les oreilles des gens. Wouarf, wouarf. Ils cherchent à récupérer le pognon disparu après un hold-up foiré. Et à leur avis, le propriétaire du chien, il sait où il est l’artiche. D’où Franck Sinatra dans le mixeur. Pour faire causer le maître du chien, Nick Valentine, détective soupe au lait et pas que : aussi soupe au Yukon Jack, Wild Turkey, Jim Beam, Southern Comfort, Bailey’s Irish Cream, Corona ou Budweiser pour faire passer. Nick est alcoolique. Boit comme il sniffe. Beaucoup. Palme d’or au festival de came le Nick. Wouarf, wouarf. Et il aime pas beaucoup qu’on embête son chien. Alors ça va « scier », comme dit un personnage après avoir pris un coup de chevrotine dans la gueule, ce qui le laisse œil crevé, joue pendante, et phrasé défaillant. Wouarf, wouarf.

Le roman de Matthew McBride c’est ça. Une certaine idée du noir. On se défonce, on se double, on se castagne, on se poursuit, on se coupe les membres, on s’achève. On lit : « La torture ressemblait beaucoup à la chasse aux cailles ou au bar. Beaucoup de gens auraient hésité à appeler ça un sport, mais il y avait quelque chose dans le fait de torturer un homme qui faisait ressortir l’esprit de compétition entre les deux acolytes ». Ou encore : « Une brunette qui sentait le cacao passa et me pressa l’entrejambe en toute simplicité, comme si nous étions au supermarché et que ma bite était un avocat ». Wouarf, wouarf. Certaines gazettes assurent que tout ça est mené « avec une belle énergie » et avec un esprit foutraque qui convoque aussi les anciens classiques des années Série noire. Prière de se marrer. Sinon quoi ? Pisse froid et peine à jouir ? On peut effectivement ricaner à l’encan, se claquer fort les cuisses sur le mode « Ah putain, Matthew m’a tué ! ». On peut aussi trouver la farce assez vaine.