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Temps glaciaires

Fred Vargas (Flammarion)

mardi 26 mai 2015, par FERRE

Ils sont vingt-sept. Vingt-sept dans ce commissariat où commissaire l’ineffable pelleteur de nuages Adamsberg. Une nébuleuse qui se dévoile au fil des romans de Fred Vargas et jamais ne tint autant de place qu’en ces Temps glaciaires de saison. Tant mieux. C’est l’un des plaisirs phare de ce neuvième tome des errances adamsberguiennes. Retrouver le commandant Danglard et son encyclopédique esprit mariné au vin blanc ; la puissante Violette Retancourt et ses forts rassurants 1,84 m sous la toise et 110 kg sur la balance ; le candide brigadier Estalère fournisseur officiel des cafés de la maison ; l’ancien enseignant en Histoire buissonnière et improvisateur de faux vers raciniens Veyrenc de Bilhc ; l’hypersomniaque Mercadet préposé à la sieste près du distributeur à boissons ; l’informaticienne lieutenant Hélène Froissy obnubilée par son garde-manger ; le trivial et frondeur lieutenant Noël ; le docteur es-contes de fées commandant Mordent ; le passionné de faunes diverses Voisenet ; le très appliqué Justin et son style petit Nicolas. L’escadrille se déchaîne en vols libres lors des réunions dans « la salle du concile », à grands renforts de raisonnements saugrenus et de dialogues en looping drolatiques. Un régal. L’intrigue comme toujours emberlificotée se prête à l’exercice de style, que Vargas maîtrise ici en virtuose. Elle perd Adamsberg et sa patrouille dans une forêt des Yvelines, sous les perruques poudrées d’une association robespierriste en phase thermidorienne, sur une île islandaise où l’on imagine volontiers la balade d’un certain Erlendur, c’est alambiqué, invraisemblable, flou, et alors. Incohérent ? Certainement pas. Vargas embarque toujours quai des brumes, navigue à l’instinct entre conte fantastique, récit historique et « rompol » tradi, avec sa petite musique de chambre foutraque, aussi perturbante que réconfortante. Ses dernières partitions écorchaient parfois les oreilles. Mais quasiment pas de fausses notes cette fois. Temps glaciaire est le meilleur Vargas depuis, disons, Sous les vents de Neptune.