Accueil > Mini-bios > WILLEFORD Charles (1919-1988)

WILLEFORD Charles (1919-1988)

samedi 20 avril 2002

"Ecrivez seulement la vérité, et on vous accuse de faire de l’humour noir". Parfait résumé de l’oeuvre de Charles Willeford par lui-même. Dans tous ses livres, le bonhomme ne raconte rien d’autres que ce qu’il voit du monde tel qu’il est. Mais son regard évidemment change tout. Les romans noirs de Willeford, publiés chez Rivages/Noir, sont encore largement à découvrir chez nous. D’urgence.
Charles Willeford est né le 1er février 1919 à Little Rock, dans l’Arkansas. Deux ans plus tard, il déménage à Los Angeles. Mais son père meurt en 1922, et sa mère en 1927. Les deux de tuberculose. Le gamin vit alors avec sa grand-mère. La Grande Dépression sévissant bientôt, il décide à 12 ans qu’il est un poids trop lourd pour la vieille dame. Pendant deux ans, il ère, se déplaçant en train à travers le pays. Une période qu’il racontera plus tard dans son deuxième livre autobiographique, I was looking for a street (1988). A 16 ans, il ment sur son âge et s’engage dans la Garde nationale californienne. De 1936 à 1938, il est affecté aux Philippines, puis revient en Californie. C’est le sujet de son premier livre autobiographique, Something about a soldier (1986).
Dès lors, son histoire avec l’armée est une suite incessante de désengagement et de réenrôlement. Après un premier mariage en 1942, il rejoint en 1943 la 3eme armée en Europe. Ses faits d’arme comme commandant de char lui valent la Silver Star. De la Libération à son retour aux Etats-Unis, il étudie l’art à Biarritz. De 1947 à 1949, on le retrouve au Japon. Puis il divorce, s’échappe deux mois étudier les Beaux-Arts à Lima (Pérou), avant de se réengager et d’être envoyé à la base d’Hamilton, en Californie. Tous les week-ends, il file à l’hôtel à San Francisco, et commence à écrire. Les pulps sont les seuls à publier sa prose. Son premier roman, Les grands prêtres de Californie, sort en 1953, juste après son deuxième mariage. Ce qui ne l’empêche pas d’être hospitalisé pour dépression pendant trois mois.
Vrai que ses romans ne se vendent guère. Willeford pense sortir du trou en 1962 avec Combats de coqs, un roman sudiste salué notamment par Erskine Caldwell. Mais son éditeur meurt, et la plupart des 24 000 exemplaires de ce livre magnifique ne sont même pas distribués. Willeford le vit très mal et abandonne la plume pendant presque dix ans. Il s’installe en Floride et enseigne l’écriture à l’Université de Miami. Il rompt le silence en 1971 avec le suspense psychologique Hérésie, et une nouvelle édition de Combats de coqs. Les droits du livre sont achetés par Roger Corman, et l’adaptation cinématographique réalisée en 1974 par Monte Hellman. Le film est un échec commercial. Une nouvelle fois, Willeford abandonne l’écriture pour dix ans, ne publiant qu’à compte d’auteurs un recueil de poèmes.
Divorcé en 1976 et remarié en 1981 avec Betsy Poller, il est de retour aux affaires en 1984 avec la publication de Miami Blues. On découvre un étonnant personnage de flic avachi, Hoke Moseley, et une Floride en pleine mutation dépeinte pour une fois comme autre chose qu’une villégiature pour vieils américains. Devant le succès, l’éditeur demande à Willeford une série avec son héros. Willeford n’est alors pas au mieux de sa forme. La cigarette et l’alcool empoisonne tous les jours plus le bonhomme. Mais trois autres romans vont suivre. Pour le dernier, Ainsi va la mort, Willeford décroche enfin une avance conséquente de 225 000 dollars. Il n’en profitera pas. Le 27 mars 1988, une semaine à peine après la sortie du livre, une crise cardiaque l’emporte à 68 ans.

Ses principaux ouvrages sont :La Messe noire du frère Spinger, Combats de coqs, l’Ile flottante infestée de requins, Miami Blues, Une seconde chances pour les morts, Dérapages, Ainsi va la mort.