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Zarbi

Cathi Unsworth (Rivages/Thriller)

dimanche 25 janvier 2015, par FERRE

Play. Ocean Rain, d’Echo and the Bunnymen (1984). La version remasterisée du disque a été offerte à Cathi Unsworth alors qu’elle commençait à écrire son Weirdo, Zarbi en version française. Le chef d’œuvre de Ian McCulloch et de ses Hommes Lapins dans les oreilles, Cathi Unsworth a remonté le temps, replongé dans son adolescence paumée dans une petite ville du Norfolk. Ce n’est pas sans importance puisqu’à chacun des chapitres du roman correspond un titre de chanson. Toutes celles d’Ocean Rain, mais aussi quelques unes de Siouxsie and the Banshees, de Sisters of Mercy, de New Model Army, de The Smiths, etc. La bande son est impeccable. Curieusement, quelque chose cloche entre cette BO et la petite musique littéraire que nous donne à lire Unsworth. Trois fois rien sans doute. Juste un léger décalage. Du genre à nous faire penser que le titre du roman aurait plutôt du être Zimbo (le mantra de McCulloch dans la chanson All my Colours sur l’album Heaven Up Here, 1981) que Weirdo. Car ils ne sont pas si zarbi que cela, ces gamins des eighties qui vaguent à l’âme dans cette petite cité balnéaire imaginaire d’Ernemouth délavée par l’ennui. Des filles qui s’asticotent, se cherchent, se rêvent ailleurs. Des garçons qui fricotent, picolent et s’emmerdent. Désœuvrement banal. Jusqu’à l’arrivée de Samantha, la petite fille plutôt propre sur elle d’Eric Hoyle, notable propriétaire du parc d’attractions de la cité. Sam l’embrouille en fait, qui tourneboule bien vite Corrine, proie facile, fille de pute et un tantinet sensible au satanisme édulcoré de cette époque corbeau. Les petites affaires de cette jeunesse qui tangue est l’atout maître de Zarbi, si n’était le côté gothique déviant plutôt abracadabrantesque dans l’intrigue, à l’origine peut-être des légères anicroches de la partition évoquées. Les portraits de filles, aussi déstructurées que leur expression capillaire, sont vraiment réussis. Ceux des garçons moins, et c’est bien dommage. Voilà pour l’essentiel, qui se déroule en 1983 et aboutit à un meurtre sordide. Le reste de l’action, en alternance de chapitre et en 2003, est plus convenu. Un détective qui, fort de nouveaux éléments génétiques, rouvre le dossier et trouble la fausse quiétude de la cité ; une journaliste locale qui le seconde et ne demande pas mieux que de fouiller la merde ; un flic à la retraite qui tient toujours sa ville et n’aime guère qu’on regarde dans ses coins sombres. En dehors de ce dernier, qui ne jetterait pas sa part aux chiens chez James Ellroy, les autres personnages adultes manquent pour la plupart de profondeur, notamment Eric Hoyle, grand-père indigne pourtant fondamental dans l’histoire mais à peine esquissé. Si la montée du suspense et le dévoilement progressif de l’affaire est assez savamment agencé, ces quelques points faibles empêchent l’adhésion enthousiaste. Pour reprendre l’analogie musicale avec Echo and the Bunnymen, disons que Zarbi est plus Porcupine qu’Ocean Rain. Ce qui n’est quand même pas si mal.