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Impurs

David Vann (Gallmeister)

mercredi 10 septembre 2014

Il est dingue. Bien sûr qu’il est dingue. Comme tout le monde. Surtout comme la plupart des Américains ruraux, si l’on en croit David Vann. Qui n’est pas le dernier des furieux. Son personnage barjot, donc : Galen, 22 ans, à cheval sur son dada New Age, sa quête de pureté originelle, la terre, le soleil, lui, la nature, lui, seul au monde et communiant, n’importe quoi, lui. Atteindre quelque chose, quoi ? Il n’y arrive pas, trébuche sur le chemin, toujours. Merde. Galen, une boule de frustration. De pus. Impur du titre ? Entre autres. Prêt à exploser. Tout exploser. Sa mère qui fait comme si de rien n’était. Tout va pour le mieux dans la meilleure famille possible. Dans la meilleure Amérique possible, Californie for all. Mamie dans sa maison de retraite, neurones bouffés par Alzheimer. A moins que les coups de Papy avant sa mort n’aient un peu dérangé tout ça. Parce qu’il la battait, Papy, non ? On n’en parle pas, de ça. On se refait une citronnade, dans le jardin, à l’ombre du figuier. Et puis la sœur de la mère, celle qui rue dans les brancards, celle par qui le malheur arrive. A moins qu’elle ne soit le malheur, à revenir sur le passé, à mettre à jour les failles familiales. Méchante femme. Et puis aussi sa fille, Jennifer. Lolita perverse. Galen n’en peut plus de la vouloir, sa cousine. Elle finira par lui donner satisfaction, la gamine. Au terme d’un séjour dans une cabane au fond des bois – le lieu parfait de tant de films d’horreur - où ce petit monde se ravage bien comme il faut. A partir de là, le pire est évidemment au rendez-vous. On connait David Vann. Toujours très précis dans la décomposition de la cellule familiale. Le fils et le père dans Sukkwan Island, le couple dans Désolations, le fils et la mère cette fois. Règlement de comptes et huis clos en plein air. Vann défonce à coup de pelle la croyance en l’innocence, au bien être dans la tribu. Il est beaucoup question d’héritage vicié dans Impurs, héritage qui rend fou. Même avec quelques longueurs dans la deuxième partie, Vann réussit une nouvelle tragédie grecque dans son Amérique paranoïaque. C’est épuisant, dérangeant, saisissant. C’est du David Vann, acte III, et ça commence à faire une sacrée belle œuvre.