Accueil > Chroniques > Le dernier message de Sandrine Madison

Le dernier message de Sandrine Madison

Thomas H. Cook (Seuil)

jeudi 24 juillet 2014

On ne les compte plus, les auteurs qui frappent avec un ou deux romans remarquables et qui, succès venu, actionnent la photocopieuse ou s’endorment sur leur routine infernale : un livre tous les ans, et roulent les affaires. Thomas H. Cook est d’une autre trempe. Avec son cinquième roman (Les rues de feu en Série noire, 1992), il a placé la barre assez haut, monté ses ambitions d’un cran encore à partir de son dixième polar (Les feuilles mortes, toujours en Série Noire, 2008), et s’applique depuis avec une belle constance à planer bien au dessus du lot. Le dernier message de Sandrine Madison le prouve encore : ce type est sacrément fortiche. Sans doute parce qu’il ne se vautre pas dans la facilité. Il ne se simplifie pas l’écrit en s’inscrivant cette fois dans la grande tradition du roman judiciaire, ouverte aux États-Unis par Le Procès Bellamy en 1927. L’ouvrage de la romancière Frances Noyes Hart (1890-1943) est considéré comme le premier se déroulant dans un prétoire. Il est construit en huit parties correspondant aux huit jours de l’audience. Thomas H. Cook s’impose une contrainte similaire, ne quittant quasiment jamais la salle d’audience pendant les dix jours du procès qu’il relate. Thomas H. Cook fait avancer son intrigue au fil des témoignages et des divagations de son « héros ». Qui n’est pas comme souvent dans le genre avocat (ou journaliste couvrant l’affaire comme dans Le Procès Bellamy), mais l’accusé lui-même, professeur d’université soupçonné du meurtre de sa femme trouvée dans son lit, morte d’une overdose de médicaments et d’alcool. L’exercice de style est éminemment casse-gueule, mais jamais ne lasse ou ne se traîne. Tour de force. Thomas H. Cook en profite pour explorer des thèmes récurrents dans son œuvre : les pesanteurs d’une petite ville de province plombée par les conventions, le bien et le mal que l’on fait sans jamais le savoir vraiment, les ambitions fracassées sur les petites lâchetés quotidiennes, la vie qui file et qui tord le cœur des hommes. Une belle histoire sur les espoirs déçus mais jamais perdus. Car l’amour rôde, persévérant, même au-delà de la mort. Dans un final éblouissant, Thomas H. Cook veut croire qu’il peut avoir toujours le dernier mot. Quand même.