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L’Été des jouets morts

Toni Hill (Flammarion)

samedi 5 avril 2014

Pourquoi une chronique sur ce genre de livre ? Pourquoi un coup de zoom sur ce type de produit de série qui encombre de plus en plus les librairies ? Pourquoi s’énerver sur ces romans lisses, sur leurs intrigues chichiteuses, leurs personnages fadasses, leur style parfaitement neutre, leur pauvreté de regard ? Peut-être pour s’étonner une fois de plus de la stratégie de nombreux éditeurs, de cette course en avant de la surproduction creuse, de l’inondation perpétuelle, robinet à eau tiède grand ouvert qui finit par interroger vraiment sur le niveau de compétence, la morgue, l’amour du métier. L’Été des jouets morts n’est ni pire ni meilleur qu’un autre de ces titres « traduits en XX langues », argument de quatrième de couverture ressassé qui ne dévoile rien d’autre qu’une impéritie généralisée. Peut-on vraiment être excité, fier et impatient de proposer pareille industrielle besogne au lecteur sursollicité ? On ne découvre rien dans L’Été des jouets morts qui puisse ne serait-ce que faire dresser un sourcil ou esquisser un sourire. L’histoire ? En deux temps. D’abord le flic embarqué dans une méchante bavure. Aucun intérêt si ce n’est de préparer la suite de ses aventures dors et déjà dispensables. Ensuite une affaire de mœurs qui bouscule la bonne bourgeoisie locale. Thème archibalisé, qui réclame au minimum un traitement psychologique à la hauteur, au mieux un point de vue social sortant des sentiers battus. Ici, ni l’un ni l’autre. L’intrigue ? Artificiellement complexe, histoire de ménager le twist final. Du coup, comme souvent, l’enquête policière est quasiment inexistante et le dénouement affaire de hasards improbables. Le cadre ? « Une ville étouffante », nous vend-on. Sauf que la Barcelone en question n’est qu’un pâle décor interchangeable. La même chose à Copenhague donne un de ces impeccables polars à la sauce scandinave qui dégoulinent encore sur les rayonnages. Alors pourquoi cette chronique ? Peut-être pour livrer un conseil : relisez Simenon.