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Little Rock

John Brandon (Éditions du Masque)

jeudi 6 mars 2014

Branleurs. Ouais. La vie comme elle vient. Quoi d’autre ? De toute façon, mal barré d’emblée. Swin d’abord. Un père mort noyé, que des sœurs trop belles, et des livres pour se croire différent. « Il passait son temps à se dire qu’il aimerait bien avoir un frère, à se demander quel était l’intérêt du T-ball, à flasher sur des starlettes de sitcom, à observer les adultes de son quartier, et ils lui faisaient pitié ». La fac, des chapardages minables, un petit boulot qui tombe : faire des allers-retours pour transporter « des paquets ». Kyle ensuite. Sa mère meurt, il remplit un sac, dégage, vole par ci par là, trouve un job de merde, vivote, accepte une proposition toute simple : faire quelques « courses », sans trop poser de questions. OK. « Kyle essaya de discerner un dessein dans tout ça, dans tous ces trucs qu’il avait choisis ou qui l’avaient choisi. Impossible. Son esprit n’en était pas capable ». Les deux gars finissent par former un improbable tandem. Ils bossent pour le même employeur : un dénommé Frog. Le boss du réseau de deal. Sur lui, ils s’interrogent. Mais sans plus. Ils sont envoyés dans l’Arkansas, à l’entretien d’un parc régional. Ratissent, taillent, accueillent le touriste, s’emmerdent dans leur mobil-home, discutaillent à l’occasion avec le patron du parc, Bright. Et régulièrement, convoient leurs colis. La routine. Mais voilà que. La connerie qui grippe le système. Swin et Kyle font comme si de rien n’était. N’empêche. Mauvaise pente.
Little Rock (Arkansas en V.O), curieux roman. Vague, à la va comme je te pousse. Des choses se présentent, Swin et Kyle font, sans savoir pourquoi, à quoi bon. Swin cause, Kyle agit. Répartition des tâches. L’un, sans doute, plus adapté que l’autre au bordel ambiant. Ils croisent du monde. D’autres marionnettes. Fils ténus. Personne ne les tirent, si ? John Brandon fait défiler sa galerie foutraque and roll. Tranches de vie brindezingue. Ça donne : « Johnna encadra les bons d’épargne du bébé, et aussi le dollar que Swin avait gagné à la loterie. Kyle offrit une centrifugeuse à Swin, recommandé par un type plein d’entrain aux sourcils en bataille, et Swin donna à Kyle une cassette d’Arnold Schwarzenegger chantant des mélodies en allemand. Swin trouvait ce cadeau hilarant et força tout le monde à écouter la cassette en entier. Johnna offrit un jeu d’échec à Kyle. Swin accepta de lui montrer comment on y jouait, mais lui dit qu’avant qu’il apprenne les règles il lui fallait être clair sur son point de vue général par rapport à la guerre, est-ce qu’il était un homme de compromis, un barbare, un homme d’État, est-ce qu’il serait cruel avec ses subordonnés, est-ce qu’il serait loyal vis à vis des rois ou attiré par les coups d’État. Kyle lui répondit qu’il se contenterait de jouer aux dames ». Entre les chapitres consacrés aux deux loustics, on déroule sur quinze ans la vie de Frog, le type moyen devenu caïd par hasard, parce qu’un jour un mec lui dit : « je peux t’apporter quelque chose que tu peux refourguer ». Parti de rien, genre Breaking Bad, et puis tout s’est enchaîné, une version bouseuse du rêve américain. Mais tout passe. Pour mieux recommencer. Ailleurs qu’à Little Rock. Partout pareil. Il suffit de solder le passé. Fermer les yeux, planter son nez dans les étoiles, sentir. Par où ? Allez par là, vers nulle part. Qu’est-ce qu’on s’en branle ?