Accueil > Chroniques > Triple Crossing

Triple Crossing

Sebastian Rotella (10/18)

jeudi 6 février 2014

Le retour en force des frontières. Monde globalisé, circulations tous azimuts, cyberespace sans barrière, mais sur le terrain vraiment, que se passe-t-il ? Une folie furieuse, nous raconte Sebastian Rotella. D’abord sur la ligne de front entre les États-Unis et le Mexique. Des vagues massives de clandestins viennent se fracasser sur la digue poreuse qui sépare les deux pays. De partout ils débarquent : du Mexique, de toute l’Amérique du Sud, d’Asie, du Moyen-Orient. La misère fait la queue, les mafias exploitent, les narcos prospèrent. Pour contrôler le flot incontrôlable, les agents de la patrouille frontalière US. Dépassés, vérolés, exténués. S’arrangent comme ils peuvent, moral et morale dans les chaussettes. Valentin Pescatore en est, et se retrouve bientôt embarqué dans un jeu de dupes international. Recruté par une très experte et accorte agente du FBI, poussé à infiltrer un cartel de la drogue, avec le soutien dubitatif d’un groupe d’incorruptibles flics mexicains, sa mission chaotique l’entraîne sur la fameuse Triple Frontière, entre le Paraguay, le Brésil et l’Argentine. Le paradis de la corruption et de tous les trafics. Sebastian Rotella est grand reporter au Los Angeles Times et connaît son affaire. Ses descriptions – du grouillant bordel de Tijuana au « souk déjanté » de Ciudad del Este – sont hallucinantes. On aimerait pourtant en savoir encore plus, même si la fiction doit forcément l’emporter sur le reportage. De la même façon, les enjeux « diplomatiques » supranationaux, qui plomberont les illusions de nos croisés de la justice, manque d’amplitude. On est juste un ton en dessous du souffle dévastateur du Don Winslow de La Griffe du chien. Mais pour un premier roman, Triple Crossing reste une sacrée performance. À l’exception du big boss du cartel, un tantinet caricatural, tous les personnages, même les seconds-couteaux, existent bel et bien. L’écriture est assez neutre, mais le récit tenu, de bout en bout. Au final, Triple Crossing, deux étoiles.