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Le Léopard

Jo Nesbo (Folio Policier)

lundi 9 septembre 2013

864 pages en Folio Policier. 761 pages en Série Noire. Le Lépoard, c’est donc du lourd. Faut-il le souligner ? Est-ce important ? Après tout qu’importe si le roman se dévore, si l’on tourne allègrement les pages, si l’on se régale jusqu’au bout. Certes. Sauf que. Avec Le Léopard, Jo Nesbo essore sa méthode : jouer avec les codes du genre (ici, le thriller), en tordre les clichés pour mieux les soumettre, sortir vainqueur par KO à force de maestria. Le petit jeu peut plaire. Nesbo est un malin, et il affiche un talent bien supérieur à la plupart de ses rivaux. Son flic est une gueule cassée, alcolo et/ou junkie, franc-tireur rock and roll, rebelle à la hiérarchie, père-mari-fils fracassé. Archétype. Mais Harry Hole l’emporte toujours à l’intuition et au sentiment, inadapté magnifique au vague à l’âme sable-mouvant. Il est entouré d’une collègue amoureuse, d’un supérieur bourru et bienveillant, d’un flic-rival manipulateur. Classique. Mais tous ses personnages existent vraiment, et c’est une qualité rare. L’intrigue ménage son lot de fausses pistes, de morceaux de bravoure (mention spéciale à l’avalanche), d’horreurs en série. Habituel. Mais l’auteur enchaîne avec un sens du rythme convaincant et une cohérence certaine. L’exotisme est au rendez-vous, sur les blanches étendues norvégiennes bien sûr, mais aussi dans les bas-fonds de Hong-Kong ou dans la poudrière du Congo-Rwanda. Mais Nesbo évite habilement la carte-postale ou le défilé wikipédien. Donc oui, Nesbo possède un remarquable savoir-faire. Abondances de biens finit pourtant par nuire après 500 pages de décalages savants et de maîtrise ciselée. Ok Jo, tu tires les ficelles comme un as. Ta mécanique est bien huilée. Ta technique au point. Tu t’amuses bien. Mais l’affaire sur la longueur tourne à l’exercice de style fatiguant. On se lasse de suivre les sentiers balisés du genre, qui restent des sentiers balisés, même si tu t’appliques à les rendre tortueux et chaotiques à souhait. On aimerait bien explorer d’autres voies, se faire embarquer ailleurs, être vraiment surpris. A la prochaine peut-être.