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Back up

Paul Colize (Folio Policier)

samedi 8 juin 2013


Qu’attendre d’un polar ? Au minimum, ce que donne Paul Colize avec ce Back up publié en 2012 par La Manufacture des livres et désormais disponible en poche chez Folio Policier. Une intrigue d’abord, intelligemment construite, en plusieurs temps. Un SDF en 2010, atteint d’un « locked-in syndrome » après un accident et qui demeure longtemps une énigme pour les hôpitaux qui le prennent en charge. Un narrateur qui nous compte sa jeunesse rock and roll sixties, de Bruxelles à Berlin en passant par Paris et Londres. Un groupe de hard-rock dont tous les musiciens meurent en d’étranges circonstances en 1967. Un journaliste qui enquête sur ces disparitions. Évidemment, tous ces récits parallèles vont finir par se rejoindre et dévoiler une sombre et musicologique histoire, assez originale. Colize tisse habilement sa toile avec juste quelques menues faiblesses dans le parcours inquiets de son narrateur, dont les motivations vers la fin de son périple tiennent mal la route. L’ambiance en revanche des swinging sixties londoniennes, du Paris pré-1968 ou du Berlin psychédélique emballent fort joliment l’affaire, rendant parfaitement le brouillard sex and drug de l’époque. Colize ne cède pas à une nostalgie béate, et parvient à distiller ses anecdotes érudites sans tomber dans la compilation creuse. La plupart de ces personnages collent bien à cette période en suspension, retour d’années folles avant rappel général à plus sinistre réalité de crise. Personne ne voit rien venir mais profite et avale, tout ce qui passe liquide et pilule. Ce sont les meilleurs passages du roman, le style de Colize épousant au mieux cette insouciance nébuleuse, attachante apesanteur. Le reste est plus classique, copie carrée. Qu’attendre dans le polar ? Que tous les médiocres qui encombrent le genre se noient dans un océan d’indifférence et que ne surnagent que des Paul Colize ou mieux. Que tous les romans policiers atteignent le niveau de Back up, histoire de perdre moins de temps.