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La femme qui valait trois milliards

Boris Dokmak (Ring)

lundi 20 mai 2013


C’est quoi ce truc ? Le nom de l’auteur d’abord, trop graphique pour être honnête : Dokmak. Tu le vois mon logo sur ma carte de visite ? Et puis ce titre, référence kitch télévisée bien dans l’époque, nostalgique branchée. Tu te souviens du temps où l’on imaginait des supers pouvoirs avec un simple ralenti et un bruit de crécelle rouillée ? Trop bien. Et la maison d’édition, le Ring du roublard David Kersan, avec son catalogue de fin du monde, d’écroulements à faire peur. Tu le sens mon thriller qui va te malaxer l’échine ? Arrête ! On soulève donc la couverture comme une paupière fatiguée d’avance. Sauf que 2023, le Mexique, la mer d’Oman, Bruges, Los Angeles, un ex-agent foireux qu’on vient chercher pour le remettre sur une vieille affaire foireuse, un flic belge qui s’embarque dans une enquête improbable sur une jeune fille momifiée vivante, la vraie-fausse histoire de la disparition dix ans plus tôt de l’icône Paris Hilton, des trafiquants de chair fraiche, des égyptologues embaumeurs venus de l’Est de l’Europe ( ??), des services spéciaux à initiales et carambouilles, des milliardaires saouls, des anarchistes sémiologues, des extraits de journaux, des rapports de surveillance, un foutoir. Mais tout tient debout, ou presque. Dokmak maîtrise son bazar avec un sens du rythme qui évite l’hystérique mode, ne perd pas le fil malgré d’incessants allers-retours temporels, parvient même à rendre crédible son histoire grotesque, ce qui est déjà un sacré tour de force. Bien sûr, le bougre n’évite pas quelques facilités (l’embaumement-torture par le menu, tu l’entends l’outil qui récure la cervelle), ne s’embarrasse guère de psychologie avec ses personnages cartoonesques (le méchant Dumbo, pas pour rien), et expédie sa fin par le fond sans grande précaution (comme tant d’autres cela dit). Mais il parvient à rester en équilibre au bord du gouffre, original mais pas à tout prix, bancal mais avec élégance, foutraque mais avec du sens. Son roman ne vaut peut-être pas trois milliards, mais bien son pesant de cacahuètes. Ce truc ? Une bonne surprise.