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Le fardeau des idoles

Tchinguiz Abdoullaïev (l’aube)

samedi 20 avril 2013


La mondialisation du polar ? Pour sûr. Les maisons d’édition nous invitent de plus en plus à découvrir une « perle rare » d’Afrique du Sud, de Finlande, d’Argentine, du Japon ou d’ailleurs. Le voyage peut-être plaisant, exotisme et us et coutumes inédits nous voilà. Il peut aussi virer à la bonne blague. Comme avec Tchinguiz Abdoullaïev, auteur en provenance de Bakou (Azerbaïdjan) et surtout ancien du renseignement militaire dans les années 1980. La fonction ne prédispose pas forcément à l’écriture. Mais au moins pourrait-on espérer un regard singulier sur les basses besognes de certaines officines postsoviétiques à la manœuvre dans le « complot diabolique » vanté par la quatrième de couverture. Que pouic. Figurez-vous qu’à Moscou, il y a des parlementaires véreux pilotés par d’obscures forces industrialo-financières qui n’hésitent pas à faire appel à quelques nervis à des fins extrêmement douteuses, comme l’exécution de journalistes trop curieux. Non ! Si. En somme, des très méchants. Pour les précisions, l’éclairage des sombres coulisses que le CV de l’auteur laissait augurer, prière de circuler. Puisque notre ex-agent n’apparaît guère bien informé, campe t-il au moins de solides personnages ? Disons que c’est assez difficile, sa trousse d’écrivain étant aussi bien remplie que ses dossiers d’ancien du KGB. Sur une de ses héroïnes journaliste, aussi crétine que dans le pétrin : « Au même instant, elle sentit qu’elle n’avait qu’une seconde, une seule, si elle voulait sauver sa peau. Or elle avait de l’imagination et de la vivacité d’esprit, comme il sied à un vrai journaliste ». Le récit s’emballe avec l’entrée en action du détective privé Drongo, héros récurent d’Abdoullaïev : « Évidemment, un super agent, à sa place, aurait brisé une vitre, scié les barreaux, pénétré dans le bâtiment et percé à jours tous les secrets du club. Mais ça, c’est bon au cinéma ou dans les romans. En réalité, s’attaquer à un club muni des systèmes de protection les plus sophistiqués est de la folie pure ». Formidable. Abdoullaïev est un sacré « page-turner », comme en témoignent ses fins de chapitre : « Rien ne permettait au colonel d’imaginer que le lendemain serait la journée la plus longue de sa vie » (chapitre XXII). « Mais, même avec l’imagination la plus délirante, il n’aurait pu deviner ce qui se tramait pour le lendemain ». C’est sûr. Et les dialogues ? Du travail d’orfèvre. Exemple encore :
« Tu penses que j’ai eu tort de tirer ? Il aurait mieux valu le prendre vivant.
- Non, je ne le pense pas, répondit Drongo. La force doit pouvoir servir le droit, c’est l’un de mes principes. Cette canaille a eu ce qu’elle méritait.
- Ils avaient rudement bien combiné leur coup, marmonna le colonel en émergeant du minibus.
- Tu as raison. Ils avaient tout prévu. Qui donc a pu être aussi malin ? Je donnerais cher pour faire sa connaissance
 ».

Sans commentaire.