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La confrérie des mutilés

Brian Evenson (10/18)

dimanche 7 avril 2013


Kline est un détective privé. Privé d’abord d’une de ses mains. Celle perdue dans sa bagarre avec « le gentleman au hachoir ». Ce dernier en échange a gagné une balle dans l’œil. Kline, vainqueur du duel. Mais depuis, le détective déprime. Qui pour le sortir de sa torpeur ? Une femme fatale ? Que non pas. Deux curieux membres d’une confrérie de… démembrés justement. Mutilés consentants, appartenant à une secte dont la hiérarchie s’établit en fonction du nombre d’amputations. La secte est préoccupée par un meurtre en son sein. Kline est recruté pour résoudre l’affaire. Entre amputés, on peut se comprendre. À condition bien sûr qu’il y ait quelque chose à comprendre. Ce qui n’est pas garanti dans ce roman brindezingue de Brian Evenson, fable gore et farce absurde. Quoiqu’il arrive dans cette intrigue déjantée, on paye chair. Indices à la découpe et révélations saignantes. Dialogues acérés et action tranchante. Un coup de hachoir jamais n’abolissant le hasard. On avance sans trop savoir pourquoi, on revient à la case départ, on fonce à nouveau dans la jungle du n’importe quoi à la machette, on se perd. Tarantino et Cronenberg en aveugle chez Kafka. Le résultat est forcément très dérangeant. Montée de bile à envisager. « Qu’est-ce que tout cela signifie ? », demande plusieurs fois Kline. Mais quoi ? Le mystère autour du meurtre ? Les effarants préceptes de la secte ? Ceux d’une confrérie rivale issue d’un schisme ? Mormon en rupture de ban, Brian Evenson règle en partie ses comptes, taillant dans le gras des religions à la dérive, interrogeant leur possible amoralité. La violence déployée n’est pas vaine agitation mais parabole foutraque, vertigineuse. « Qu’est-ce qui m’attend ? », termine son héros. Bonne question.