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Le dernier Lapon

Olivier Truc (Métailié Noir)

dimanche 31 mars 2013


La vague scandinave n’en finit plus de déferler sur le Vieux continent. On pourrait se féliciter de pouvoir ainsi découvrir moult nouveaux auteurs et contrées exotiques, si n’était la précipitation des éditeurs à exploiter la veine glaciaire jusqu’à plus soif. Le lecteur à terme risque vraiment de prendre froid et d’aller se faire réchauffer ailleurs. Trop de romans bâclés, produits à la chaine, ne misant que sur un exotisme en grand blanc de pacotille. Le Dernier Lapon n’appartient pas à cette catégorie. Ce qui le singularise encore plus surement que la nationalité de son auteur, journaliste français installé à Stockholm depuis bientôt vingt ans et spécialiste des baltes habitudes. Histoire de marquer encore plus sa différence, Olivier Truc installe son intrigue toujours plus près du pôle, au pays de ses amis les Samis éleveurs de rennes. On en apprend beaucoup sur les autochtones us et coutumes, et sans avoir l’impression de feuilleter un guide touristique, car notre auteur s’applique également à dévoiler un aspect encore plus inconnu sous nos latitudes : la parfois très cavalière colonisation scandinave de ces terres lointaines. Bousculés par une modernité qu’ils hésitent à s’approprier, les lapons doivent aussi encaisser un racisme rampant et composer avec des frontières imposées qui chamboulent leur pastoralisme ancestral. Sans parler des richesses minières que leur sous-sol renferme et qui risquent fortement de remettre en cause leurs culturelles certitudes. Cette toile de fond est sans conteste la réussite de ce premier roman. Pour le reste, la mécanique traditionnelle est à l’œuvre : un sympathique tandem de policier (monsieur et mademoiselle), des ordures frôlant la caricature (les xénophobes et le pédophile), une écriture passe-partout (variante marketing : « un style direct et vigoureux », en quatrième de couverture). Voilà donc un roman correct, proprement réalisé, avec une réelle intelligence dans le propos ethnologique. Ce qui suffit à le faire sortir du lot. Et révèle en creux l’assommante faiblesse de la surproduction scandinave de saison.