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Le Diable, tout le temps

Donald Ray Pollock (Albin Michel)

dimanche 20 janvier 2013


Sordide. Immonde. Glauque. Le Diable probablement. Bien sûr. Le Diable, tout le temps, crache le titre. Le Diable qui saute à la gueule du lecteur, ricanant rictus habitant ce pauvre Willard, prêt à sacrifier l’humaine et l’animale création pourvu que se raniment les joues de sa femme à l’agonie. Le Diable qui grimace face aux frasques du prédicateur Roy et de son pédophile de guitariste handicapé, prêts à expérimenter leur pouvoir de résurrection d’autrui. Le Diable partout. Jusqu’à l’overdose. À la page 100 du roman de Donald Ray Pollock, on est à deux doigts de lâcher l’affaire, le défilé d’infâmes ne valant pas forcément farandole littéraire. Et puis curieusement entrent en scène Sandy et Carl, pourtant de vraies ordures, et l’on embarque plus volontiers dans leur virée meurtrière et dans le roman. Parce qu’avec eux, Pollock trouve la bonne distance et n’est pas que le spectateur satisfait de sa galerie de monstres. Tas d’os à la jeunesse jaunie comme ses dents nicotinées, Sandy s’étiole par amour, mais elle ne sait plus trop pour qui ni pourquoi. Carl se branle sur les photos de sa femme dans les bras de ses futures victimes, jouit de voir plus que de faire, et d’ailleurs ne veut plus trop faire, sauf que. Le démon pousse, le démon torture. Un brin de compassion rampe dans le récit, une humanité déviante et innommable qui permet de continuer à avancer aux pays des âmes perdues. Le destin s’en mêle parce qu’il est écrit évidemment qu’aucun des protagonistes de cet enfer ne peut s’échapper sans roussir. Le lecteur finit lui aussi assez cramé par cette exploration minutieuse de voies sans issues. Le roman de Pollock est méchant pendant et méchant après. Le style qui développe une petite musique hypnotique n’y est certainement pas pour rien. Obsédant sur la longueur. Un beau compliment.