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Lonesome Dove

Larry McMurtry (Gallmeister)

lundi 24 septembre 2012


Ils vendent du bétail et des chevaux. Mais pas des ânes ou des chèvres. Et ils ne louent pas de cochons. C’est écrit sur la pancarte présentant l’activité de la Hat Creek Cattle Company de Lonesome Dove, Texas. Elle présente aussi les propriétaires. Des Rangers rangés. Le Capitaine W.F Call d’abord. Un meneur d’hommes taiseux. Le soir, il prend sa carabine et part se balader le long du Rio Grande. Souvent pour échapper à la logorrhée verbale de son associé principal, l’inénarrable Augustus McCrae. Gus, le discoureur impénitent, toujours un avis sur tout, les femmes en particulier, philosophe sanguin ingérable. Le genre incompréhensible pour Pea Eye, qui d’ailleurs ne cherche plus à comprendre. Lui suit, fidèle cow-boy qui ne se souvient même pas de son vrai prénom. Et puis Joshua Deets aussi, pisteur incomparable, le brave gars à tout faire, irremplaçable. Et tous les autres qui ne figurent pas sur la pancarte. Bientôt embarqués dans une folle escapade, à remonter des milliers de bêtes vers le très lointain Montana. Une lubie du capitaine. Tout ça parce que Jack s’est repointé un beau matin, après des années d’absence, en racontant que le Montana c’était un petit paradis pour des vaillants qui voudraient devenir riches. Jack le beau gosse, le tombeur de ces dames, joueur de cartes vaurien et pistolero d’occase. Et ça ne manque pas. Lonesome Dove ne compte qu’une prostituée blanche, la blonde Lorena, qui s’emballe trop vite pour Jack. Elle croit qu’il peut l’emmener à San Francisco. Elle suit avec lui le troupeau et les gars de la Hat Creek dans leur folle équipée. Oui, Lonesome Dove est un western. Mais surtout : un roman extraordinaire, prix Pulitzer 1986, plus que largement mérité. Car Larry McMurtry réussit à partir de cette ruée vers le Nord typiquement ricaine un récit universel, épuisant et magnifique. La quête tous azimuts d’un meilleur improbable par une bande de vrais-faux héros incroyables. Impossible de ne pas s’attacher à ces bâtards, tour à tour pathétiques et grandioses. McMurtry chevauche à hauteur d’hommes, piétine tout psychologisme et toute coquetterie stylistique. L’efficacité est totale. On ne peut que se laisser prendre au lasso du bonhomme, qui parvient à être aussi accrocheur qu’une série télévisée haut de gamme. Au départ d’ailleurs, près de quinze ans avant la sortie du livre, l’auteur travaillait à un western crépusculaire pour le cinéma avec James Stewart, John Wayne et Henri Fonda. La mort du second a enterré le projet. Le roman en revanche fut adapté à la télévision en 1989. Rien d’étonnant, tant l’œuvre s’y prêtait. Mais qu’importent ces détails audiovisuels. Lonesome Dove est d’abord cette cavalcade formidable de 1185 pages rééditée l’an dernier par Gallmeister. Impérativement donc : en selle !