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La mort et la belle vie

Richard Hugo (10/18)

lundi 23 juillet 2012


On le surnomme Barnes-la-tendresse. L’empathie, c’est son truc. Trop sans doute pour un flic. Mais bon. On ne se refait pas. Barnes est aussi poète. Ce qui commence à faire beaucoup pour un seul et même représentant de l’ordre. Du coup, notre bonhomme préfère la pêche et le baguenaudage champêtre dans le Montana aux fusillades de la grande ville, shérif de campagne plus qu’inspecteur au ras du macadam, en somme. Mais voilà que le début d’une série de meurtres le ramène sur le bitume à Portland, pour une enquête au pays des riches. Les vilains riches. La faiblesse du roman de Richard Hugo pourrait être là, dans ces bonnes intentions trop affichées, dans ce petit côté bisounours humaniste un tantinet gnangnan. Seul défaut (mais allez, c’est encore plus humain !), un petit penchant pour la galipette irrépressible. Pour le reste, le Barnes est impeccable pourfendeur de bourgeois, du moins ceux dont l’argent ne profite qu’à eux-mêmes. Le héros de Richard Hugo appartient bien à cette famille classique du personnage vraiment sympa, dans le style des deux James de Missoula (Crumley et Welch) mais avec tout de même moins d’humour, d’envergure et d’abattage. Son intrigue, extrêmement classique dans son déroulement et jusque dans son rebondissement final, ne ménage guère de grosses surprises, et on se laisse accompagner jusqu’au bout sans déplaisir mais sans enthousiasme débordant non plus. S’inscrivant sur le tard (1991) dans une veine magnifiquement explorée par ses collègues susnommés, Hugo réussit un gentil hommage qui manque juste de lâcher-prise. Ce que Crumley, par exemple, réussit jusque dans ces derniers romans dézingués, comme Folie douce. Le trop sage La mort et la belle vie en manque singulièrement.