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La mort au crépuscule

Williaml Gay (Folio Policier)

lundi 28 mai 2012


A tombeau ouvert. Littéralement. La mort au crépuscule commence dans un cimetière, avec deux jeunes gens profanateurs de sépultures. Ils exhument en fait les basses œuvres du croque-mort local, nécrophile qui prépare les cadavres à sa sinistre façon. Kenneth et sa sœur Corrie, dont le père décédé est passé entre les pognes du fossoyeur pervers, entendent bien faire rendre gorge à ce vicelard. Le Fenton Breece en question est un petit bonheur de personnage visqueux. Seul dans son immense manoir kitch nouveau riche, à lutiner de rigides beautés, comme un Dracula aussi misérable que sa sexualité. L’intrigue et les protagonistes bolides de William Gay laissent de la gomme dès les premières lignes et écrasent l’accélérateur 154 pages durant. Grisé par l’affaire, on se dit que l’on tient là un sacré roman, enfin une vraie bonne surprise. D’autant que le croque-mort se fait dérober de fâcheux clichés par le fringuant Kenneth, et engage un ignoble croque-mitaine pour récupérer ses trésors. Les choses s’accélèrent, et on attache sa ceinture. Mais voilà que le récit se paye d’un coup une folle embardée pour se lancer sur un chemin de traverse fort chaotique : une course poursuite à travers bois. La nature délavée par la pluie, bientôt le froid à pierre-fendre, le fuyant Kenneth perdu dans la forêt, le grand-méchant loup à ses trousses. La mort au crépuscule bascule dans le conte de fée (moi peur !), à la lisière du fantastique mais non pas vraiment ou pas tout à fait. Il était une fois le petit Kenneth qui rencontrait un vieux monsieur dans une chaumière isolée, puis une vieille dame pareil, puis une famille pas mieux, puis (etc.). Et chaque fois le vilain garou passe derrière et d’ailleurs pourrait bien finir par se déguiser en mère-grand… Le roman très vite s’enlise, devient répétitif, et pour tout dire ennuyeux. Le personnage de Fenton Breece disparaît quasiment et c’est bien dommage. Car du sort de Kenneth et de son poursuivant, on se moque bientôt, comme des envolées lyriques de l’auteur qui se laisse trop emporter par son décor artificiel. Entre la première et la deuxième partie, la différence de registre est telle qu’on comprend mal le projet de William Gay. Il semble bien en poursuivre plusieurs mais n’en atteint aucun au final. Sauf peut-être celui d’emballer une critique bien prompte à convoquer Faulkner ( ??) et McCarthy (!!), et à couvrir le roman de récompenses (Grand Prix de littérature policière 2010 et Prix Mystère 2011).