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Quand les vautours approchent

Miguel Miranda (l’Aube)

samedi 14 avril 2012


Mario França. L’homme aux dons prodigieux. Il peut tout. Entrer dans un appartement et recenser tout un catalogue d’odeurs détectées par son nez « en un centième de seconde », deviner au seul contact d’une main toute la psychologie de son propriétaire, trouver presque instantanément la race d’un chien à peine perçu son premier aboiement, désosser des gorilles mal intentionnés et trois fois plus costauds que lui, le maître du combat à main nue à la vivacité de l’éclair, se servir de son corps pour autre chose, comme embobiner ses interlocuteurs tant il est expert en communication non verbale. Mais brisons là. Elle serait bien trop longue, la liste des qualités incroyablissimes de Mario França, le plus grand privé du monde, de Porto tout au moins où le bougre exerce. Mario França, légende vivante ou, quand la lucidité pointe son museau de rabat-joie, looser total. Mais looser magnifique, allez ! La créature de Miguel Miranda est évidemment l’attrait principal de ce curieux roman. Mais pas le seul. Si sa lecture est aussi jubilatoire, c’est grâce aux autres acolytes du sémillant détective – un cul-de-jatte, un ancien escroc orfèvre, un collectionneur de serpents – et à quelques concepts pas piqués des hannetons comme le « justelaïsme », typiquement portugais mais qui devrait faire école. Miguel Miranda se régale à décaler le classique récit de privé, avec énigme improbable, femme fatale incontournable, et scène de révélation interminable. Il embarque son lecteur dans un Porto mi-réaliste mi-fantasmé, le mène par le bout du nez et de son style tout en grandiloquence absurde. L’impayable super Mario emporte la mise au final, mais on se dit tout de même que passé l’effet de surprise, il faudra pour la suite de ses enquêtes intrigue un tantinet plus charpentée et palpitante pour s’assurer d’une fidélité autre que bienveillante.