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Glacé

Bernard Minier (XO Editions)

lundi 20 février 2012


Pour un premier roman, on peut bien sûr faire preuve d’indulgence. On peut aussi pester contre ces éditeurs qui ne font pas leur travail et qui ne renvoient pas leurs auteurs à leur clavier quand une réécriture pour le moins s’impose. On peut également tomber des nues quand le premier roman en question décroche le prix polar de Cognac, récompense prétendant honorer justement de « vraies écritures ». Ce n’est certainement pas le style de Bernard Minier qui émerge des 553 pages de ce Glacé. Les clichés et les facilités s’empilent, surtout quand il s’agit de jouer les « page turner » de service. Exemple : « L’avertissement était aussi clair que la nuit était obscure : quelqu’un, dans cette vallée, ne voulait pas qu’il enquête plus loin. Quelqu’un ne voulait pas qu’il découvre la vérité. Mais de quelle vérité s’agissait-il ? ». Damned. La plupart des personnages sont aussi vides que ces formules creuses. Seul Servaz, le flic de service, finit par exister au bout de 400 pages. Son collègue Espérandieu est un juke-box ambulant (« Espérandieu écoutait The Raconteurs chanter Mary Shades of Black quand le téléphone sonna »), typique des petits défauts de jeunesse qu’un éditeur doit gommer. L’intrigue ? Casse gueule à partir du moment où il s’agit de meurtres en série, et que dans le paysage apparaît un institut psychiatrique emprisonnant les pires tueurs de la planète, dont un célébrissime et diabolique ancien magistrat suisse que visite bientôt l’autre personnage phare du roman, une psychologue prometteuse mais débutante. C’est tout de même beaucoup de références dont il est difficile de se démarquer. Pourquoi ce choix ? Comme la mise en place de l’enquête patine pendant 150 pages, que l’affaire avance ensuite à grands coups de révélations lourdingues, et que l’épilogue sombre dans le grand-guignolesque, on peine à sauver quelque chose. Si, peut-être le décor, cette vallée des Pyrénées oppressante à souhait que l’auteur visiblement connaît bien. Bernard Minier doit sortir un nouveau thriller au printemps 2012. Sa marge de progression est énorme.