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Le retour de Silas Jones

Tom Franklin (Albin Michel)

lundi 9 janvier 2012


Et de trois. Après la fresque brûlante (La Culasse de l’enfer), la chevauchée baroque (Smonk), Tom Franklin nous revient avec un déjà classique du genre. Un roman noir du Sud, magnifique histoire de deux hommes si loin si proche, Silas Jones et Larry Ott. Le premier est du côté de la loi, constable de son état, ancien joueur de base-ball prometteur et désormais préposé à la circulation, assurant la sortie de la grande scierie locale. Le deuxième est Larry le Pourri, depuis son adolescence et ce triste jour où sa première sortie avec sa première conquête se termine par la disparition inexpliquée de la belle. Pas de preuve impliquant Larry, mais la rumeur fait l’affaire. Et depuis le Pourri vit seul dans sa baraque, avec ses livres d’horreur, ouvre tous les jours son garage où plus aucun client ne s’arrête. Mais voilà qu’un matin Larry prend une balle dans le buffet. Tentative de meurtre ? De suicide ? En rapport avec la disparition d’une nouvelle jeune fille, écho sinistre au drame d’antan ? Voilà posée l’intrigue. Pour le décor, c’est donc le Sud et la toile de fond raciale, aujourd’hui comme hier ou presque. Qu’est-ce qui lie Silas et Larry ? L’enfance et la couleur de leur peau. Silas est noir, Larry est blanc. Et tout vient de là. Tout s’explique par là. Ce qui pouvait se faire ou pas, se dire ou pas, se montrer ou pas. Même dans les années 1980. Les blessures perdurent bien sûr. La boue persiste sous la surface. Silas et Larry le savent. Des secrets, ils en partagent. Et d’autres jamais échangés, des aveux toujours différés. Qui rongent et fouillent les êtres. Se taire et essayer d’oublier ? Evidemment non. Le retour de Silas Jones est un formidable roman du remord. Tom Franklin le maîtrise avec une remarquable économie de moyens, assez sidérante après la débauche foutraque de Smonk. Son Retour... est comme ses personnages : assez taiseux, mais d’autant plus fort. Avec un final éblouissant d’humanité. Belle réussite. Une de plus.