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L’impasse

Gene Kerrigan (Série Noire)

mercredi 14 décembre 2011


Voilà. On pressentait la chute à venir dans le précédent et superbe récit de Gene Kerrigan, Le chœur des paumés. On voyait bien que le bolide irlandais fonçait dans L’Impasse, titre du dernier roman du bonhomme. Oui, la crise est passée par là, et les lézardes mises à jour dans Le chœur des paumés se sont forcément élargies, minant tout l’édifice social. Le gâteau est tout rabougri, mais les plus voraces aiguisent leurs appétits. Au royaume des voyous, business is business aussi, et quand un chef de gang décide de lancer une OPA sur les petites entreprises concurrentes, les flingues s’échappent des attachés case et les négociations se font expéditives. Pas de pitié à Truandland, pas plus que dans le monde des affaires. Les mafieux de L’impasse sont des entrepreneurs comme les autres, nous raconte Kerrigan. Perdu dans ce bal des ordures, le héros Danny Callaghan ne veut surtout pas entrer dans la danse. Vœu pieu évidemment. Tu marches ou tu crèves, c’est le système mon garçon. Sombre veine, que creuse toujours plus Kerrigan d’un roman l’autre. Ses coups de pioche dans L’Impasse sont plus violents qu’auparavant, et il gagne en force ce qu’il perd sans doute en subtilité. La déchéance de son juste dans Le chœur des paumés était finalement plus puissante que le fatal engrenage qui broie Callaghan ici. Mais L’impasse reste convaincant, notamment dans son style cinématographique (jusqu’à la construction, avec sa troisième partie : Au commencement, très tarantinesque, comme la couvertue en écho à Reservoir dogs choisie par l’éditeur), où l’on retrouve l’influence des films noirs des années 1940 (comme le mentionne la quatrième de couverture) mais aussi de ceux de Scorcese et des frères Coen (l’humour en moins). Kerrigan : un auteur plus que jamais à suivre.