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Désolations

David Vann (Gallmeister)

lundi 7 novembre 2011


Un chapitre, un chapitre à peine, et l’on sait que toute cette affaire est formidablement mal embarquée. Il n’en faut pas plus à David Vann, auteur de l’inaugural et saisissant Sukkwan Island en 2010, pour planter son récit. Une histoire de couples avec des projets foireux comme autant de bouées de sauvetage, mais qui finiront par chavirer et couler à pic. Inéluctablement. L’entrée en matière de Désolations est un chef d’œuvre au noir. Tout est de toute façon plombé par une enfance maudite, un traumatisme initial absolument fatal, et sinistrement reproductible. Alors bien sûr les personnages s’agiteront. Tenteront de construire. Une cabane ridicule et de guingois sur une île perdue d’un lac en Alaska. Un mariage fantasmé mais sans réel désir. Tout est dit des échecs à venir dès les premières pages. A quoi bon essayer ? A quoi bon lire ? C’est toute la force de David Vann. Nous pousser sur ce chemin balisé, jusqu’au bout du bout qui ne peut nous surprendre, là bas, derrière le rideau de pluie. Le lecteur est comme les personnages. Il sait. Mais il avance. Voyons voir comment. Et l’exploration est à la hauteur. Entêtement imbécile, incompréhension générale, renoncement veule, enthousiasme infantile, la famille accumule. On lit. On se laisse maltraiter. Le cadre n’en peut mais. La nature, omniprésente, comme une consolation parfois, comme une malédiction pareil. Ni bonne ni mauvaise. Juste la nature, pure et sauvage. Témoin neutre. Crime à venir ? Forcément. La réalisation est d’une belle perversité. On referme ce roman sans échappatoire profondément désolé. Contrat parfaitement rempli.