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Les fantômes de Belfast

Stuart Neville (Rivages/Thriller)

lundi 12 septembre 2011


De quoi parle-t-on ? D’un premier roman remarquable de maîtrise, qui vaut à Stuart Neville un coup de zoom plutôt rare pour un œuvre de genre en période de déferlante rentrée littéraire. Or donc : exécuteur des basses œuvres de l’IRA pendant des lustres, Gerry Fegan, après douze ans de prison, n’est plus qu’une ombre au pays des ombres, hanté par les victimes de douze de ses meurtres. Ces fantômes hurlent vengeance, et pour ne plus entendre leurs cris ricocher dans sa tête, l’ex-tueur alcoolique entame un nouveau massacre : il se débarrasse un à un de ses ex-commanditaires reconvertis en politique, processus de paix oblige. Fegan est efficace, comme notre auteur qui à son récit impeccablement rythmé (par les ripoux qui décanillent), ajoute un sinistre tableau de l’Irlande post-guerre de religion. Pas de héros, de juste cause, pas plus que de réconciliation exemplaire. Juste des intérêts bien compris, des retournements de vestes opportuns, et des affaires qui doivent continuer à rouler, toujours. Avec les mêmes pauvres hères qui s’abiment, génération sacrifiée d’un conflit absurde dont les traumatismes ne se rincent pas d’un coup de lessive démocratique. Le climat est à peine plus respirable aujourd’hui qu’hier, et la lecture des Fantômes de Belfast est effectivement une méchante apnée. Stuart Neville réussit une belle galerie d’ordures où la marionnette Fegan, avec sa curieuse méthode rédemptrice, est assez joliment exposée. Ses scènes finales, version western tarantinesque, sont limite too much, mais le bougre l’emporte à l’estomac. Dont acte. Mais de quoi parle-t-on ? D’un titre qui se retrouve dans la sélection Télérama et France culture de la rentrée, qui reçoit du « grand roman » chez Jean-Marc Laherrère (son très productif blog Actu-du-noir), qui est adoubé par le géant James Ellroy en quatrième de couverture (formidable James qui jure vivre dans le noir et ne jamais rien lire tout en multipliant ces parrainages publicitaires). Dame ! N’en jetez plus ! Les Fantômes de Belfast assure un réel plaisir de lecture, mais comme Mélanges de sang de Roger Smith quelques semaines plus tôt, pour prendre l’exemple d’un autre premier roman. Que ces titres sortent autant du lot ne dévoile qu’une chose : que 80 % de la production du genre ne mériterait même pas d’encombrer les librairies. Rien de plus. Un bon roman n’est pas un grand roman. A force de jeter les superlatifs par les fenêtres, certains vont finir par blesser quelqu’un. Et pousser à prendre d’autres chemins.