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Marée noire

Attica Locke (Série noire)

dimanche 17 juillet 2011


Avec ce premier roman, la scénariste Attica Locke s’est payée de bien jolies chroniques quasiment partout et un certain succès aux Etats-Unis. Il est vrai que pour une première tentative, la dame s’en tire plutôt bien. En ancrant d’abord son histoire dans le Texas du début des années 1980. Autrement dit, une période doublement intéressante. Le combat pour les droits civiques des Noirs n’est pas si lointain, mais rien n’est vraiment réglé : entre ce qui est décrété et ce qui se réalise, mieux vaut s’armer de patience à défaut d’autre chose. Le début des eighties confirme aussi la puissance naissante des industriels du pétrole, dont les dirigeants commencent à truster les postes clés à Washington (Bush père vice-président du sémillant Ronald Reagan). Attica Locke tricote les deux lignes de force de sa toile de fond à travers les mésaventures d’un avocat black, ancien militant un temps chassé par le FBI et rangé de la « cause », qui se retrouve témoin indirect d’un meurtre a priori banal. Mais l’a priori s’effrite quand un patibulaire messager vient lui donner 25 000 dollars pour oublier qu’il s’est retrouvé au mauvais endroit au mauvais moment. En avant donc pour une enquête qui révèle ses doubles-fonds tranquillement. Très tranquillement. Si Attica Locke réussit la multiplication de ses personnages, donnant à chacun l’occasion d’exister même s’ils ne font que passer, elle pédale beaucoup trop mollement pour emballer son intrigue. On pourrait filer la métaphore cycliste en disant que son roman est un long faux plat. On la suit, on s’accroche, on attend l’attaque, l’échappée belle, mais non. Train de sénateur. Regarder le paysage – notamment des flash-back explicatifs parfois pesants – finit pas ennuyer. Si on applaudit donc l’ambition affichée, et en partie honorée, assez rare pour un premier roman, on s’interroge aussi sur le dithyrambe accordé presque unanimement. Attica Locke produit un bel effort. Mais on attend confirmation avant de parler d’auteur tutoyant les sommets.