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L’Armée furieuse

Fred Vargas (Viviane Hamy)

lundi 4 juillet 2011


A elle seule, une armée furieuse. Qui cavalcade en tête des ventes (235 000 en un mois et demi) et se saisit de ses lecteurs pour ne plus les lâcher. Fred Vargas, tagada tagada, emporte tout. Comme à chacun de ses romans. Ou presque. Normal ? Oui. D’autant que cette Armée furieuse est bien au dessus du précédent Lieu incertain, effectivement très incertain sur l’intrigue. Cette fois, Vargas resserre un brin les boulons, et même si plusieurs histoires comme toujours s’enchevêtrent, se concentre surtout sur sa légende moyenâgeuse de saison, la Grande Chasse de cette fameuse armée furieuse qui se trimballe dans les bois d’Europe et attrape quelques âmes mauvaises. La troupe de morts-vivants sème donc quelques cadavres sur son passage, mais, pis que tout, se donne à voir à certains pauvres hères, visions annonciatrices des crimes à venir. Bien bien. Légende d’antan, personnages frapadingues (plus que le nébuleux Adamsberg, mention spéciale, une fois de plus, au magnifique Danglard et à la très solide Retancourt), dialogues indécisifs et flirt avec le fantastique, tous les ingrédients sont là et Vargas les tambouille avec une impressionnante maestria. Au final, potion magique, charme unique. Difficile de faire la fine gueule donc. Juste un bémol tout de même. Une vilaine impression, tenace, sur les 80 premières pages, qui passe ensuite. L’armée furieuse débarque en Normandie, France profonde. Et Vargas convoque une imagerie vieillotte, très années cinquante, province reculée et salle à manger toile cirée, matelas qui se creuse et superstitions vénéneuses. Affleure là une espèce de nostalgie un peu rance, assez gênante. Une « poésie » facile, trop. La sensation s’estompe avec la farandole des dialogues qui forment l’essentiel du roman, arrachent des sourires et forcent la conviction. Mais, tout de même, ce petit goût amer…