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Mélanges de sangs

Roger Smith (Calmann-Lévy)

dimanche 5 juin 2011


Chapitre 1, huitième page, deux morts. Deux affreux pénétrant au hasard dans un jardin de la banlieue blanche du Cap, Afrique du Sud. Ils braquent papa, maman, fiston. Sauf que le papa, ancien de la guerre du Golfe et américain en cavale avec sa petite famille, se rebiffe et abat le tandem. Puis sort balancer les cadavres dans un terrain vague des Flats, quartier noir où un corps de plus ou de moins jeté là ne surprend personne. Pas Benny Mongrel par exemple, métis abandonné dans une poubelle à la naissance, ancien tueur leader de gang à peine sorti de prison. Pas Rudi Barnard non plus, inspecteur obèse, ordure immonde, suante et puante, faisant régner sa loi de Dieu sur les Flats. Pas non plus Disaster Zondi, enquêteur zoulou de la police des polices, débarqué au Cap pour nettoyer la décharge. Tous fréquentent la mort plus que de raison, et s’embarquent donc sans trop barguigner dans le train fantôme mis sur le rails par Roger Smith, à tout berzingue dès le premier chapitre. Tout s’enchaîne ensuite inéluctablement. Disons que le lecteur est convié à une scène de torture dont il est le héros. Smith lui colle la tête dans la baignoire, attend qu’il boive bien la tasse, le remonte dégoulinant, étouffant, éructant, et lui replonge encore la tête sous l’eau. Quand Smith lâche prise au bout de 300 pages, autant dire qu’on est prêt à vomir père et mère et à jurer vouloir lire son deuxième roman, que la nouvelle collection de Robert Pépin annonce déjà. Car Mélanges de sangs, oui, est un premier roman plus que prometteur, qui révèle un talent sûr et une maîtrise vraiment remarquable. Personnages XXL, style coup de poing, action à l’estomac, exercice brillant dans le genre noir profond. Ce que Zulu aurait pu être si Caryl Férey avait vraiment réussi son roman pourtant multi récompensé en 2008. Il serait dommage que Mélanges de sangs n’obtienne pas le quart de la moitié de ce succès toujours invraisemblable.