Accueil > Chroniques > Londongrad

Londongrad

Reggie Nadelson (Editions du Masque)

jeudi 26 mai 2011


Généralement, pour Artie Cohen, rien ne va plus. Le monde devenu brindezingue un méchant matin de 2001, et qui depuis dégringole, sans fin. Partout tout menace. Le pire est forcément sûr. Et le pire une nouvelle fois s’annonce dans Londongrad. Sous la forme d’un ignoble colis. Un corps de femme totalement couvert de gros scotch, abandonné sur un terrain vague, sur une balançoire. Ca balance pas terrible à New York. Mais pas mieux à Londres, et enfin à Moscou, les deux capitales que l’inspecteur Cohen doit visiter pour son enquête, sur les traces de son ami Tolya jusqu’au retour aux sources dans la Russie de son enfance. Tolya, son pote nouveau riche, oligarque aux petits pieds par rapport aux gros sabots d’autres féroces compatriotes fortunés. Reggie Nadelson, comme toujours, nous propose un vrai bain de paranoïa bien poisseuse. D’origine russe cette fois. Qu’est-ce qu’ils tripatouillent, les héritiers de la guerre froide ? Qu’est-ce qu’ils calculent, avec leurs gros sous en bandoulière comme hier leur idéologie à toute épreuve ? Qu’est-ce qu’ils infiltrent, qu’ils achètent, qu’ils blanchissent, qu’ils corrompent ? Dans Sous la menace, un des précédents romans de la dame, c’était Ben Laden à tous les étages. Cette fois, c’est Poutine sous le lit et derrière toutes les portes. Loup y es-tu ? Oui, je mets ma chapka. Comme chaque fois, Artie en est réduit à conduire dans le brouillard, au petit malheur la chance, fatalement. Il ne maîtrise rien, et de toute façon à quoi bon ? Vouloir apprivoiser le chaos ? Absurde. Reggie Nadelson parvient en tout cas, pas son style neutre et étonnamment presque flou, à rendre ce caractère indécidable de cette aventure sables mouvants. Le roman est sans doute moins passionnant que Sous la menace, mais il reste en l’état suffisamment intriguant et dérangeant pour en conseiller la lecture. L’air de rien, Reggie Nadelson nous offre une série parfaitement cohérente, profondément noire, terriblement attachante. A découvrir, vraiment.