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Les leçons du Mal

Thomas H. Cook (Seuil Policiers)

samedi 7 mai 2011


Thomas H. Cook impose sans tapage et tranquillement une des œuvres les plus cohérentes du roman noir actuel. Après le formidable et très perturbant Les Feuilles mortes, puis le tortueux et passionnant Les Liens du sang (ces deux à la Série Noire, mais d’autres sont aussi à redécouvrir en Folio Policier), voici de la même encre trouble Les leçons du Mal, où l’on retrouve les obsessions de l’auteur : la relation père/fils, la question de l’héritage, de la transmission, et, sans doute plus que dans les deux précédents, le déterminisme social. Le tout, dans un environnement plus marqué qu’auparavant, en l’occurrence le Sud et ses bonnes vieilles valeurs à la peau dure. Thomas H. Cook ne fait pas dans la facilité, et décide ici de se renouveler de l’intérieur, en adoptant une forme virtuose et passablement alambiquée, mêlant le récit au passé, genèse du pire, les incursions dans le présent, avec le regard embué du héros vieilli, et les flashes sur l’après drame immédiat, retranscription de quelques passages du procès suivant le « crime ». Belle performance : la fluidité est tout de même au rendez-vous, preuve du savoir-faire gonflé du bonhomme. Mais peut-être est-ce ce choix qui l’oblige, par crainte d’émousser ou de perdre ainsi l’intérêt du lecteur, à multiplier les recours à certains procédés chevilles de page turner. Du style : « Tu n’es pas celui que tu t’imaginerais être, réentendis-je Nora déclarer, encore qu’en cet instant-là, sa main posée sur la mienne, elle n’aurait pu se douter à quel point elle disait vrai ». Cook en abuse un brin, mais c’est le seul bémol de ces Leçons. Pour le reste, à l’image de l’accélération maîtrisée des dernières pages, en montage alterné très cinématographique, le roman est une réussite exemplaire. Bien d’autres ne disposent pas comme lui de ce souffle lui permettant, livre après livre, de maintenir la cadence. Chapeau bas.