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L’honorable société

Dominique Manotti/DOA (Série Noire)

lundi 18 avril 2011


Bien sûr, avec ces deux-là, on pouvait ne s’attendre qu’au meilleur. Dominique Manotti et DOA, ou ce qui se fait de mieux aujourd’hui en matière de noir tricolore. Deux générations différentes, mais la même rigueur dans l’écriture, sèche et tranchante, la même prédilection pour le réalisme froid et l’approche politique au scalpel de notre société en déliquescence. L’honorable société, formidable titre poupées russes, mafia, élites, business, polices plus ou moins secrètes, se couvrant l’une l’autre, ni vu ni connu belle embrouille. Un incroyable mélange des genres privé-public, marque déposée du système de gouvernance actuel.
Ce roman à quatre mains impressionne d’abord par la qualité de sa mécanique. Formidablement précise, parfaitement huilée. C’est justement ce cadre très tenu, extrêmement strict, qui permet cette cohérence remarquable, ce canevas champion sans le moindre contrepoint. Inutile de chercher qui fit quoi, petit jeu sans intérêt et d’ailleurs assez vain. Le voudrait-on qu’on ne le pourrait pas. On se moque pareillement de savoir que le point de départ est un scénario de série télévisée bossée pour Canal Plus. C’est désormais un roman, et qui tient ainsi plus que très bien débout.
Le duo s’y entend aussi pour composer une galerie de personnages très forts, et ce, comme pour le reste, en peu de mots. Leçons à prendre, quand des brouettes d’auteurs s’escriment à crédibiliser des marionnettes creuses en tartinant encore et encore. Chez DM et DOA, foin de fioritures psy, de développements pour rien. Des faits, des gestes, qui se suffisent. Dessinent pourtant des personnalités complexes. Chapeau bas.
Pour le reste, une intrigue impeccable (témoins malgré eux, petits arrangements entre amis, jeux de pouvoirs, manipulations en chaîne) et les coulisses de l’honorable société, vue en coupe en pleine élection présidentielle, quelques scènes d’anthologie (le pouvoir de la branlette). C’est éreintant, passionnant, désespérant, méchant. Pour tout dire : juste. Terriblement juste. Voilà. Pour finir sur un bémol vraiment faux cul, on oserait presque trouver le travail d’orfèvre trop ciselé. Un petit côté rapport d’experts incontestable, trop exemplaire et mal aimable. Mais là, on cherche vraiment la petite bête.