Accueil > Chroniques > La Maison où je suis mort autrefois

La Maison où je suis mort autrefois

Keigo Higashino (Actes Noirs)

mardi 29 mars 2011


Séance de rattrapage avec cet étonnant roman publié au printemps 2010 et avalé par le maelstrom des sorties polardeuses. Le point de départ de cette Maison n’est pourtant pas forcément engageant. A la mort de son père, Sayaka reçoit une enveloppe contenant une clé et un plan sommaire. La jeune femme trimballe avant même cet événement un méchant vague à l’âme, renforcé par le fait qu’elle ne se souvient absolument pas de son enfance. Que peut-elle découvrir, dans ce jeu de piste que semble lui proposer son défunt père ? Pour répondre à cette question, elle décide d’embarquer avec elle un amour de jeunesse, perdu de vue depuis des années. Le garçon éconduit jadis accepte. Mouais. On suit le tandem, un brin dubitatif. A tort. Tout doucement, Keigo Higashino tisse sa toile autour de son lecteur. Une maison est découverte. Le couple entre. Keigo Higashino ferme la porte. Sans la claquer, sans que se soulève la poussière du lieu. Belle réussite du livre : capter l’attention du lecteur tranquillement, sans esbroufe. En dévoilant un à un des petits riens : des photos, des extraits d’un journal, un souvenir flou. Chaque élément révèle ou semble révéler ce passé qui échappe à Sayaka, car il s’agit bien aussi du sien. Keigo Higashino bouscule ses deux personnages et le lecteur, mais par petites touches subtiles et toutes aussi déstabilisantes que les méchants effets des page-turners made in US. Délicatesse toute japonaise sans doute. On oserait volontiers une comparaison vidéoludique. Visiter cette maison procure une émotion similaire au vieux jeu (1993) « point and click » Myst, quand triomphe aujourd’hui le jeu de dézingage immersif comme le thriller hyperactif. La Maison où je suis mort autrefois est un espèce de casse-tête contemplatif, quand bien même l’énigme qui se résout là est d’une violence absolue par ce qu’elle exhume et ranime. Etrange et pénétrant, comme dirait l’autre.