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Qu’avez-vous fait de moi ?

Erwan Larher (Michalon)

dimanche 13 mars 2011


Un petit agacement et quoi d’autre ? Peut-être pas grand-chose de plus. On traverse ce premier roman au galop, en diagonale, et c’est sans doute dommage. La faute à Erwan Larher, incapable de ne pas en faire beaucoup, et trop. Toute la première partie de son roman discoureur, comme son personnage principal, faux rebelle tête à claque, fait d’abord lever un sourcil, et hélas très vite les yeux au ciel. Larher ne cesse de faire le malin, de jouer du second degré, au point qu’on ne parvient plus à faire la différence entre l’auteur et le personnage principal. Larher le sait évidemment, se livrant lui-même à la critique de l’affaire. Léopold, son personnage, écrit, fait lire son manuscrit à une voisine, qui sabre son travail d’un lapidaire : « on ne s’attache pas au petit con vaniteux et égocentrique que tu as choisi comme héros ». Et dans la foulée : « C’est pas mal écrit mais on s’emmerde », surtout, selon la voisine-critique, parce que son héros (celui de l’écrivain Léopold, vous suivez ?) ne parle pas assez du monde extérieur. Bravo madame. Et bravo Larher, décidément super-malin en maître-schizophrène ? Pas sûr, et c’est bien compliqué. Parce qu’on ne peut pas dire que son roman ne parle pas du monde extérieur. Il ne ferait presque que ça, puisque Larher est visiblement persuadé d’avoir plein de chose à dire. D’où cette tendance lourde : il déblatère. Plutôt joliment ? C’est un argument que l’on trouve assez souvent chez les critiques, qui accordent facilement une mention « bien écrit » dès que l’écrivain balance quelques mots d’auteurs et autres formules originales. Mais que nenni. Larher dispose effectivement d’une plume alerte. Ce qui ne suffit pas à « bien écrire ». La deuxième partie de Qu’avez-vous fait de moi ? le démontre. Les choses s’emballent, façon thriller jovial (pour le dézingage énergique). Mais pour le coup, c’est vu et revu, et plutôt très expédié. Alors bien sûr, on peut encore dire qu’il s’agit de second degré. Lassant. Et prétexte. C’est bien le reste, l’ « analyse sociale », qui intéresse l’auteur. Fort bien. Mais ce premier essai s’abandonne bien trop au bla-bla finaud.