Accueil > Chroniques > Guerre sale

Guerre sale

Dominique Sylvain (Viviane Hamy)

lundi 28 février 2011


Peut-être, parfois, faut-il savoir choisir. Avec les aventures d’Ingrid et Lola, lancées en 2004 (Passage du Désir), Dominique Sylvain tente le mélange de la comédie et du roman noir. Rions donc ici, pour le cinquième rendez-vous du tandem, avec Ingrid Diesel l’Américaine, ses savoureux babillages autour de notre langue, ses non moins savoureux déshabillages au club lounge, et avec Lola Jost, commissaire envapée à la retraite, adepte elle aussi de bons mots et autres gargarismes. Les deux personnages hauts en couleur assurent l’aspect comédie de l’affaire. Pour la tragédie, voir plutôt du côté de Sacha Duguin, commandant de la Crim’, ou de son ténébreux supérieur, le divisionnaire Mars. Tout ce petit monde enquête sur deux meurtres atroces (supplice du pneu enflammé autour du cou), à cinq ans de distance, meurtres qui mouillent un des plus fameux intermédiaires de la Françafrique. On s’amuse donc mais pas complètement, et de moins en moins au fur et à mesure qu’avance l’intrigue plutôt bien bâtie par Dominique Sylvain, révélant une terrible histoire de vengeance. Guerre sale paraît ainsi tour à tour drôle, malin, sauvage, sinistre. C’est beaucoup et sans doute trop tout à la fois. Le mélange des genres finit par désamorcer ce qui est le plus fort dans ce roman : la trahison-manipulation qu’implique cette vengeance. A force de jouer le décalage, mais dans un contexte très lourd, Dominique Sylvain nous plante à mi-chemin. Entre Fred Vargas et Dominique Manotti. Sans la poésie diffuse de l’une, ou la puissance réaliste de l’autre. On passe du coup un gentil moment, assez frustrant quand même, en se disant qu’un tel récit, débarrassé d’un certain nombre de coquetteries (les citations, les dialogues trop astiqués) aurait pu laisser un souvenir vraiment frappant.