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Stieg Larsson (1954-2004)

vendredi 28 janvier 2011

« L’industrie Millénium ». L’expression – dégoûtée – est de l’ancienne compagne de Stieg Larsson, Eva Gabrielsson. L’industrie Millenium, c’est une trilogie qui ne devrait pas manquer de dépasser les 50 millions d’exemplaires vendus dans le monde entier, une adaptation en série télévisée, déclinée ensuite au cinéma en Suède, une réécriture totale pour trois nouveaux films hollywoodiens à partir de 2011 mis en scène par David Fincher, des circuits touristiques en Suède sur les traces des personnages des romans, des livres et des livres sur l’histoire invraisemblable de l’écrivain-journaliste, sur la sinistre querelle familiale à propos des droits de l’œuvre. L’industrie Millenium, c’est un roman dont toutes les pages ne sont pas fameuses, que l’idéaliste Stieg Larsson, peut-être, n’aurait guère aimé lire. L’industrie Millenium, c’est aussi des témoignages, des articles, des spéculations à la pelle sur la vie de l’auteur précocement décédé. Enormément de gens, tout soudain, ont énormément de choses à dire, à écrire, sur Stieg Larsson. Tout est-il vrai et d’un intérêt majeur ? Pas sûr. Et sans doute faut-il surtout accorder de l’attention à ce que veut bien raconter Eva Gabrielsson dans son livre règlement de compte (avec le frère et le père de Larsson qui gèrent l’héritage), Millénium, Stieg et moi (Actes Sud, 2011), elle qui partagea la vie de Larsson pendant 32 ans. Pour le reste…
Stieg Larsson est né le 15 août 1954 à Skelleftehamn, dans le nord de la Suède. Son père Erland est étalagiste, sa mère Vivianne travaille dans un magasin de vêtements. Le couple vit à Umea, mais décide bien vite de tenter sa chance à la capitale, Stockholm, et laisse le gamin, âgé d’un an à peine, à la charge des grands-parents maternels. Pendant des années, Stieg ne les voit qu’à Noël, à Pâques et l’été. Ce n’est qu’à la mort de son grand-père Severin Bostrom - un grand-père très marqué par la lutte antinazi, et qui aurait fortement influencé son petit fils – que Stieg Larsson rejoint ses parents. Il a 9 ans et découvre alors quasiment son frère cadet de cinq ans, Joakim. Stieg se met assez vite à l’écriture, intensément même après 14 ans quand son père lui offre une machine à écrire. Le garçon tape sur ses touches mais n’est pas très bavard. A 17 ans, il emménage dans un studio au sous-sol de l’immeuble de ses parents. Ce qui l’intéresse ? La politique. Et les voyages. Il part en stop en Algérie. Puis se coltine l’armée. Avant un redépart en Afrique, en Ethiopie notamment. Il voyage souvent avec Eva Gabrielsson, rencontrée dès 1972 dans un groupe de soutien au Vietnam. Stieg Larsson milite, avec les maoïstes d’abord, puis les trotskistes sous l’influence d’Eva. Pendant ces années 1970, le couple se passionne aussi pour la science-fiction, participe à des fanzines, s’investit dans des associations spécialisées. En 1977, le tandem s’installe à Stockholm. En 1983, Stieg entre comme graphiste dans la plus grande agence de presse suédoise, Tidningarnas Telegrambyra (TT). Il écrit alors déjà pour le magazine britannique Searchlight, fondé en 1975 et référence dans la lutte contre le fascisme et le racisme. C’est ce terrain d’étude, cet engagement contre toutes les extrêmes droites qui vont bientôt occuper à temps plein Stieg Larsson. En 1991, il participe à un ouvrage collectif sur les néo-nazis. En 1995, il fonde le journal Expo, trimestriel d’investigation qui traque les organisations et les mouvements nationalistes et anti-démocratiques (modèle du Millénium des romans). Cet engagement vaut au couple des menaces de mort, parfois un certain isolement, et des longs passages de vache enragée (ils ne roulent pas sur l’or). Mais qu’importe. En 2001, Stieg Larsson coécrit un ouvrage sur le mouvement nationaliste suédois. L’année d’après, il entame sa fameuse trilogie. La concevait-il comme « une assurance vieillesse », comme ce fut écrit ? Encore eut-il fallut prévoir le triomphe phénoménal de Millenium. Seule certitude : Stieg Larsson prévoyait au moins six romans avec Mickael Blomqvist et Lisbeth Salander. On sait ce qu’il advint. Le 9 novembre 2004, Stieg Larsson grimpe par l’escalier les sept étages pour arriver aux bureaux d’Expo. L’ascenseur ce jour-là est en panne. Arrivé en haut, le journaliste s’effondre. Crise cardiaque. Il meurt quelques heures plus tard à l’hôpital. On connaît la suite. Une poignée de semaine après son décès, sa trilogie commence sa fabuleuse épopée mondiale.

Quelques exemples de différentes éditions du premier tome de la trilogie, Les Hommes qui n’aimaient pas les femmes :